Blog-note de jef safi

 

mémoire

t’CG : théorie pataphysique de la Créativité Générale

Métaphysique ↓→ Ontologie Monadologie Phénoménologie →↑ Cosmogonie

hic Δ nunc ↓→ Monade Phénome Phénomène Univers →↑ Multivers

entropie ↑→ in-formation linéament puissance mémoire →↓ créativité

D é f i n i t i o n

- Par in-volutif, ou ingressif, j’entends qualifier tout processus d’évolution vers l’intérieur, tout processus d’in-formation aux conséquences endomorphiques, tout processus d’intériorisation, d’in-corporation, voire même de (re)territoralisation, etc., en somme tout processus d’évolution de tout attribut d’une monade dès lors que ce processus la trans(in)forme elle-même en elle-même, même si elle en trans(in)forme d’autres en les impliquant dans ce processus.

P r o p o s i t i o n s

- Par mémoire, j’entends l’ensemble des attributs de la Monade qui procèdent de sa puissance à persévérer dans son devenir dans l’univers où elle émerge, où elle consiste.

- Je distingue cinq modes fondamentaux de maintien par la Monade de la persistance et de la consistance de sa mémoire, quelles que soient les conditions de possibilités qui s’offrent à elle et quelles que soient les déterminations qui la gouvernent. Ce sont les modes endo-hylétique, perceptif, affectif, cognitif et exo-hylétique (ou hypomnésique).

- Par suite, par le mot mémoire énoncé sans adjonction d’un qualificatif modal, j’entends le processus par lequel la Monade maintient la persistance de ce que sa puissance actualise, par quelque mode que ce soit, voire tous les modes à la fois.

- Par mémoire, j’entends également le processus, in-volutif, ingressif, par lequel la Monade persiste substantiellement et essentiellement, c’est-à-dire persévère dans son devenir, autrement dit le processus par lequel la Monade exerce et fait l’expérience de sa puissance pour actualiser ses empreintes endo-hylétiques, perceptives, affectives, cognitives et exo-hylétiques (ou hypomnésiques).

- Je pose que ce processus est ouvert en ce qu’il procède par échange d’in-formation entre le corpus et l’habitus de la monade. Ces échanges se manifestent nécessairement par trans-in-formations inter-monadiques et entraînent donc des trans-in-formations (productions, modifications, destructions) du corpus des monades impliquées, c’est-à-dire de leurs percepts, affects et concepts respectifs, ainsi que de leurs habitus, c’est-à-dire de leurs hypomnemata.

C o r o l l a i r e s

  • Je pose ainsi que tout ou partie de la mémoire d’une monade peut être partagée par d’autres monades et que ce partage inter-monadique a plusieurs conséquences :
    • le linéament perceptible de la monade s’étend au-delà de son linéament perceptif.
    • Une empreinte partagée peut être endo-hylétique, perceptive, affective, cognitive, ou exo-hylétique suivant la monade qui la considère. L’hypomnematum d’une ou plusieurs monades est nécessairement trace hylétique d’une ou plusieurs autres, etc.
    • Toute empreinte partagée constitue un "signe" au sens de Peirce et donc une condition de possibilité de l’émergence d’un idiome inter-monadique indexant un percept, un affect ou un concept partagé.
    • Toute empreinte partagée constitue donc une condition de possibilité de l’émergence d’un processus d’individuation (au sens de Simondon).
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  • Par mémoire perceptive (anamnèse primaire), j’entends le processus par lequel la Monade entretient les empreintes de ses percepts.

    Par suite, par mémoire perceptive, j’entends également le processus par lequel la Monade, exerçant et faisant l’expérience de sa puissance, entretient par réminiscence la consistance des empreintes de ses percepts révolus sous l’action de ses percepts actuels.

  • Par mémoire affective (anamnèse seconde), j’entends le processus par lequel la Monade entretient les empreintes de ses affects.

    Par suite, par mémoire affective, j’entends également le processus par lequel la Monade, exerçant et faisant l’expérience de sa puissance, entretient par réminiscence la consistance des empreintes de ses affects.

  • Par mémoire cognitive (anamnèse tierce), j’entends le processus par lequel la Monade entretient les empreintes de ses concepts.

    Par suite, par mémoire cognitive, j’entends également le processus par lequel la Monade, exerçant et faisant l’expérience de sa puissance, entretient par réminiscence la consistance des empreintes de ses concepts.

S c o l i e s

  • La puissance de la monade est de faire mémoire, et seul ce qui "fait mémoire" fait "illusion de durer" dans un univers où tout change, où "rien n’est plus permanent que l’évolution de tout, éternellement".
    Le singulier, la chose, la monade, s’épuise dès qu’elle spontanaît. C’est seulement de faire mémoire qui lui permet de persévérer, de perdurer, et qui y réussit un tant-soit-peu, . . le temps de faire illusion de durer. C’est en cela que la monade s’efforçant de persévérer dans son être illusoire est néanmoins transcendante, mais en cela seulement.
    Ou pour le dire à la manière de Clément Rosset : la monade transcende à se faire le double persévérant d’un singulier qu’elle n’est déjà plus et n’a jamais été. C’est ce qui est à la fois si terrifiant et si joyeux, du réel et du double celui que nous disons être ne peut être que le dicible, l’étiquetable, c’est-à-dire le double (le simple, le singulier, le réel, est indicible). Du réel et du double "le réel est" mais "n’existe pas", "seul le double existe mais n’est pas" ; le double n’existe et ne dure que parce qu’il n’est qu’une illusion de perdurance dans un univers où "rien n’est plus permanent que l’évolution de tout, éternellement".
  • "J’ai fait don aux hommes de l’attente, qui est merveilleuse et terrifiante." ( propos de Prométhée, par Eschyle )
  • La mémoire hylétique d’une monade, en tant qu’unité constituée, peut dépasser en durée les mémoires hylétiques de ses monades constituantes. Dans notre Univers physique par exemple, les monades dites animales ont une persistance biologique supérieure à celle de leurs monades constituantes, les cellules. Les monades constituantes se caractérisent même par des durées de renouvellement propres différentes suivant leurs types, liées au moins en partie à la charge de travail nécessaire à ce renouvellement :
    • Une cellule de peau vit de 3 à 4 semaines. En fonction de son endommagement (blessure, brûlure, etc.), elle peut même être recyclée en 2 à 3 semaines.
    • Une cellule de la rétine ne vit pas plus de 10 jours.
    • Un globule rouge vit de l’ordre de 4 mois.
    • Une cellule du foie d’un humain adulte, qui détoxique l’organisme, se renouvelle tous les 300 à 500 jours. De même pour les cellules du pancréas, de la rate et des poumons.
    • Les cellules du squelette vivent un peu plus de 10 ans.
    • Celles des muscles des côtes durent en moyenne 15,1 ans.
    • Singulièrement, dans l’intestin, les cellules qui tapissent la surface intérieur ne vivent que 5 jours, elles comptent parmi celles dont la durée de vie est la plus courte de tout l’organisme. En revanche, l’âge moyen des cellules plus profondes de l’intestin est de 15,9 ans, ce sont les cellules les plus persistantes.
  • Dans un dialogue du Phèdre de Platon (274e-275a), Socrate montre comment l’écriture (mémoire éminemment exo-hylétique, i.e. d’hypomnemata) est un pharmakon :
    • Le dieu Teuth, inventeur de l’écriture, dit au roi d’Egypte : « Voici l’invention qui procurera aux Egyptiens plus de savoir et de mémoire : pour la mémoire et le savoir j’ai trouvé le médicament (pharmakon) qu’il faut ».
    • Et le roi d’Egypte de répliquer : « Dieu très industrieux, autre est l’homme qui se montre capable d’inventer un art, autre celui qui peut discerner la part de dommage et celle d’avantage qu’il procure à ses utilisateurs. Père des caractères de l’écriture, tu es en train, par complaisance, de leur attribuer un pouvoir contraire à celui qu’ils ont. Conduisant ceux qui les connaîtront à négliger d’exercer leur mémoire, c’est l’oubli qu’ils introduiront dans leurs âmes : faisant confiance à l’écrit, c’est du dehors en recourant à des signes étrangers, et non du dedans, par leurs ressources propres, qu’ils se ressouviendront ; ce n’est donc pas pour la mémoire mais pour le ressouvenir que tu as trouvé un remède. »
  • "le fait que nous avons un verbe "remémorer" (du latin rememorare), mais pas de verbe "mémorer" a valeur de marque grammaticale du fait relevé par Bergson dans sa proposition psychologique, à savoir que la mémoire est autre chose qu’une faculté. Mais ce distinguo grammatical n’est que l’envers d’une remarque métaphysique, à savoir que l’amoncellement du passé sur le passé se poursuit sans trève. Cette remarque métaphysique implique entre autres que la mémoire (telle que la décrit Bergson) est une Activité (au sens de Johanna Seibt). " (J.C. Dumoncel - Academia.edu)
  • "On peut définir un tissu noble, au sens le plus général du mot tissu, comme un matériau que son ancienneté a rendu précieux par un effet de patine favorable. Matériau ancien, formé d’une sédimentation de couches successives aux couleurs variées et contraires qui se sont avec le temps appariées les unes aux autres pour cohabiter de façon harmonieuse. [...] A force d’être malaxé et brassé, ce qui s’était trouvé rassemblé par hasard a fini par s’accorder, triomphant de toutes ses oppositions internes pour faire de son chaos originel ce qu’un simple coup d’oeil suffit à reconnaître comme ensemble. [...] Car l’artiste n’est pas un inventeur de choses nouvelles, mais une sorte de récupérateur du hasard, un bon utilisateur du fortuit."
    ( Clément Rosset - Matière d’art, l’organisation du désordre )
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