Blog-note de jef safi

 

puissance

t’CG : théorie pataphysique de la Créativité Générale

Métaphysique ↓→ Ontologie Monadologie Phénoménologie →↑ Cosmogonie

hic Δ nunc ↓→ Monade Phénome Phénomène Univers →↑ Multivers

entropie ↑→ in-formation linéament puissance mémoire →↓ créativité

P r o p o s i t i o n s

- Par puissance de la Monade, j’entends l’ensemble des attributs qui la dotent d’une capacité à exister dans l’univers où elle émerge, où elle consiste, c’est-à-dire qui la dotent d’une capacité à persister dans sa mémoire, ce qui n’est rien en dehors de sa capacité à persévérer dans son devenir. (Ce qui n’est rien en dehors de son essence-même, ajouterait Spinoza).

- Je pose que la puissance de la Monade est de(re)organisatrice, de(re)agençante, de(re)constituante, dé(re)territorialisante, en ceci qu’elle est à la fois sa capacité à exploiter le flux énergétique de l’Entropie immanente, autant qu’à en discipliner le flux stochastique, pour consister en conservant le rapport de mouvement et de repos que ses parties constituantes ont entre elles, c’est-à-dire pour persister dans sa mémoire (hylétique, perceptive, affective et cognitive) et donc pour persévérer dans son devenir.

- Je pose que la Monade exerce et fait l’expérience de sa puissance in-volutivement, ingressivement, c’est-à-dire selon un processus d’in-formation involutif de sa mémoire sur elle-même. Son linéament étant ouvert, j’ajoute que ce processus implique conjointement son corpus et son habitus ; c’est ainsi qu’une partie de son habitus porte et maintient l’empreinte de sa mémoire hors son corpus : ce sont ses hypomnemata, ou mémoires tertiaires.

- Je pose que c’est par involution, et seulement par involution, que la Monade subsiste dans son univers, persévère dans son devenir en constituant et actualisant la persistAnce de sa mémoire, c’est-à-dire en trans-in-formant (produisant, modifiant, détruisant) sur elle-même son propre corpus, ses percepts, ses affects, ses concepts et ses hypomnemata.

- Je pose que ce processus involutif est ouvert en ceci qu’il procède par échange d’in-formation entre le corpus et l’habitus de la monade. Ces échanges se manifestent nécessairement par trans-in-formations inter-monadiques et entraînent donc des trans-in-formations (productions, modifications, destructions) du corpus (percepts, affects & concepts) et de l’habitus, ou plus précisément de tous les hypomnemata parmi lesquelles les mémoires de toutes les autres monades impliquées.

- Je distingue quatre modes fondamentaux d’exercice de la puissance de la Monade. Par suite, par le mot puissance, énoncé sans qualificatif modal, j’entends la capacité de la Monade à persévérer dans son devenir par quelque mode que ce soit, voire tous ces modes à la fois et dès lors, selon les conditions de possibilité déterminées par leurs imbrications respectives.

C o r o l l a i r e s

- Mais, considérant que "Rien n’est plus permanent que l’évolution de tout, éternellement" (cf. l’axiomatique t’CG), c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir persévérance de quoi que ce soit sans qu’il y ait, nécessairement et concomitamment, transformation de ce quoi que ce soit :

alors par puissance, j’entends la capacité de la Monade à persévérer dans son devenir en actualisant du potentiel, du possible ou du virtuel, que ce soit "en puissance" et/ou "en acte", que ce soit passivement et/ou activement, quelles que soient les conditions de possibilités et les déterminations réunies par toutes les autres Monades impliquées en tant qu’objets Δ sujets de cette actualisation.

S c o l i e s

- Il n’y a pas une chose singulière, dans la nature de choses, qu’il n’y en ai une autre plus puissante et plus forte. Mais, étant donnée une chose quelconque, il y en a une plus puissante, par qui la première peut être détruite. ( Spinoza - Eth., IV, axiome)

- Avec le mot puissance, j’entends évoquer le concept spinozien de conatus que je ne traduis pas par effort mais, à la manière de Deleuze, par effectuation de la puissance, ou exercice de la puissance.

- La puissance de la Monade est involutive, au sens où Alfred North Whitehead la dirait ingressive à ceci près que cette ingression n’est pas selon la ’tCG l’actualisation d’un "objet éternel" qui serait la "cause finale" de cette actualisation.

- La puissance de la Monade est involutive, au sens où Deleuze & Guattari la définirait comme procédant du ralentissement du chaos, ou de la stratification de la variation (voir le 2ème et le 3ème impératif de Deleuze & Guattari). Avec ses propres termes, la t’CG pose que la puissance de la Monade est sa capacité à ralentir l’Entropie immanente qui l’implique pour persister, subsister, perdurer, etc., malgré cette stochasticité immanente.

"Il n’y a pas quelque chose qui varie mais de la variation pure au sein de laquelle subsiste parfois quelque chose." ( Deleuze & Guattari - Qu’est-ce que la philosophie ?)

- C’est parce que la puissance de la Monade est mue par l’entropie de l’univers dans lequel elle émerge, qu’elle puise à la fois, inséparablement, au flux énergétique et au flux stochastique, conjointement immanents, de l’Entropie. C’est ainsi qu’elle est mue par l’énergie mais également par le hasard. C’est ainsi qu’elle subsiste autant qu’elle s’épuise. C’est ainsi que la puissance de la Monade est sa capacité à exploiter l’énergie en même temps qu’à discipliner le hasard. Le hasard par ses aléas est cause efficiente d’ordre opportun comme de désordre inopportun ; il peut être ainsi catalyseur efficient d’auto-organisation, de résiliAnce, tout comme il peut être à la fois, et inséparablement, catalyseur de dislocation, de désagrégation. Discipliner le hasard c’est s’organiser pour en maximiser les profits et en minimiser les nuisances.

- En résumé, cette scolie en est presque une définition complémentaire de la puissance : la puissance de la monade est autant puissance d’agir que puissance de réagir. Elle est même d’abord puissance de réagir (à l’Entropie, celle de son corpus Δ habitus en particulier) en tant que celle-ci est la condition de possibilité de sa puissance d’agir. mais tout autant, sa puissance d’agir n’est une puissance que parce que son habitus peut y réagir. D’où l’exigence de la t’CG de faire un dialemme du couple action Δ réaction et du couple corpus Δ habitus.

- Notre corps ne saurait être parfaitement à son aise ; parce que, quand il le serait, une nouvelle impression des objets, un petit changement dans les organes, dans les vases et dans les viscères, changera d’abord la balance et les fera faire quelque petit effort pour se remettre dans le meilleur état qu’il se peut ; ce qui produit un combat perpétuel qui fait pour ainsi dire l’inquiétude de notre horloge...
( Leibniz - Nouveaux Essais ).

- La consistance de la mémoire hylétique de la Monade est la consistance de son milieu intérieur, au sens homéostasique du terme. Rappelons ici comment Spinoza le disait déjà dans sa vision anthropocentrique mais qui vaut pour tout milieu intérieur de toute Monade (il suffit de supprimer le qualificatif restrictif "humain" et de remplacer "corps" par Monade, ou unité consistante, ou agencement, etc.) :

Tout ce qui fait que se conserve le rapport de mouvement et de repos que les parties du Corps humain ont entre elles, est bon ; et mauvais, au contraire, tout ce qui fait que les parties du Corps humain ont entre elles un autre rapport de mouvement et de repos.
( Spinoza - Ethique - Livre 4, des forces et des affects - proposition XXXIX )

- La puissance hylétique de la Monade peut lui permettre de maintenir la consistance de sa substance, de son milieu intérieur, en assimilant (métabolisant) la substance de son milieu extérieur. Par sa puissance hylétique, la Monade peut "consommer" son milieu extérieur :

  • Hegel (Encyclopédie des sciences philosophiques) concevait l’assimilation comme le processus par lequel un organisme surmonte son extériorité pour en faire une unité propre en soi. Je préfère dire qu’un organisme exploite le flux entropique de son milieu extérieur pour maintenir, entretenir, nourrir, sa propre consistance substantielle monadique, celle de son milieu intérieur.
  • Feuerbach ajoutait : Nous mangeons et digérons d’un animal ou d’une plante ce qui est notre nature, notre essence, ce qui est potentiellement, et plus ou moins directement de la viande et du sang humain [...] L’homme est ce qu’il mange. / Der Mensch ist, was er ißt.
  • Dans Par-delà le Bien et le Mal, Friedrich Nietzsche montre comment le corps est tout entier un estomac, comment la volonté de puissance elle-même peut être interprétée comme aspiration à la croissance, et donc à l’absorption, l’assimilation et à la digestion. Il décrit aussi l’esprit comme ce qui cherche à réduire l’altérité en rendant le nouveau semblable à l’ancien, en simplifiant le multiple comme si connaître était aussi digérer : c’est bien à un estomac que l’esprit ressemble encore le plus.
  • C’est Gilles Deleuze et Félix Guattari qui poussent le plus loin l’analyse métabolique jusqu’au bout de son cycle. L’organisme est à la fois bouche et anus, le corps est un lieu de transit - (je dirais même de trans-in-formation) -, ils le nomment le corps-sans-organe comme un agencement d’interfaces, d’orifices, de zones érogènes. Gilles Deleuze et Félix Guattari n’énoncent-ils pas ainsi le plus clairement qui soit ce qui lie la puissance endo-hylétique à la puissance exo-hylétique ?

- Notons comment Spinoza qualifie (dans sa vision anthropocentrique, mais qui vaut pour toute Monade) la capacité à faire l’expérience de la puissance affective pour l’accroître :

Ce qui dispose le Corps humain à pouvoir être affecté de plus de manières, ou ce qui le rend apte à affecter les Corps extérieurs de plus de manières, est utile à l’homme ; et d’autant plus utile qu’il rend le Corps plus apte à être affecté, et à affecter les Corps extérieurs, de plus de manières ; et est nuisible, au contraire, ce qui y rend le Corps moins apte.
( Spinoza - Ethique - Livre 4, des forces et des affects - proposition XXXVIII )

- Si la raison fait partie de l’esprit, si elle est l’organisatrice de la puissance cognitive, alors étudions comment Spinoza le disait déjà :

Tout ce à quoi nous nous efforçons par raison, ce n’est rien d’autre que comprendre ; et l’Esprit, en tant qu’il use de raison, ne juge être utile à lui-même que ce qui sert à comprendre.
( Ethique - Livre 4, des forces et des affects - proposition XXVI )

- C’est donc l’évaluation raisonnée d’une in-formation qui mesure la qualité intrinsèque d’une connaissance, c’est-à-dire d’une vérité. Autrement dit, l’évaluation raisonnée du poids vrai Δ faux qu’il convient, à une puissance cognitive, d’accorder à une in-formation. Etudions comment Spinoza la nomme "certitude d’être bien ou mal" :

Nous ne savons avec certitude être bien ou mal que ce qui sert véritablement à comprendre, ou ce qui peut nous empêcher de comprendre.
( Spinoza - Ethique - Livre 4, des forces et des affects - proposition XXVII )

- [...] dans Spinoza apparaît constamment la formule « tendance à persévérer dans l’être », moi je ne peux comprendre « tendance » que comme survenant en seconde détermination conceptuelle. L’idée de persévérance chez Spinoza est première par rapport à celle de « tendance à persévérer ». Comment la persévérance va-t-elle devenir une « tendance à persévérer » ? Il me semble que c’est comme ça qu’on peut poser le problème. [...]
( Gilles Deleuze - Extrait du cours 4 - Université Paris 8 - 1980/81 - Spinoza )

- "Maîtriser le chaos que l’on est, contraindre son chaos à devenir forme ; devenir nécessité dans la forme - devenir logique, simple, non équivoque, mathématique, devenir loi : c’est là la grande ambition."
( Friedrich Nietzsche )

- Dans la philosophie du bouddhisme, Skandha (Devanāgarī : स्कन्ध, pali : khandas) désigne les cinq agrégats de l’attachement (l’ego, le moi, etc.). On ne peut pas ne pas les rapporter aux puissances hylétique, perceptive, affective et cognitive ; ce sont : la forme, les sensations, les perceptions, les formations volitionnelles et la conscience. Dans cette même philosophie, ces cinq agrégats de l’attachement sont souffrances (dukkha). Une souffrance qui distingue trois niveaux : dukkha dukkha la simple douleur physique et morale, viparinama dukkha la crainte de souffrir par manque qui apparaît déjà à travers ce qui est agréable, et sankhara dukkha la souffrance liée à la prise de conscience que le moi, que le sujet, n’est qu’une illusion passagère, en ceci qu’il n’est que la partie d’un tout et qu’il n’est lui-même qu’un composé.
Telle est la doctrine anatman du Bouddha pour qui, à la manière d’Héraclite, il faut parvenir à se sentir comme un lieu de passage, comme le siège de phénomènes qui nous précèdent, nous traversent et nous emportent. C’est à partir de cette analyse que prend sens l’idée du nirvana en tant qu’état où cesse toute douleur et plus encore en tant que voie libératrice qui y mène. ( Michel Hulin )

- "[...] Une heccéité peut durer autant de temps, et même plus de temps nécessaire au développement d’une forme et à l’évolution d’un sujet. mais ce n’est pas le même type de temps : temps flottant, ligne flottante de l’Aïôn, par opposition à Chronos. Les heccéités sont seulement des degrés de puissance qui se composent, auxquels correspondent un pouvoir d’affecter et d’être affecté, des affects actifs ou passifs, des intensités. [...] C’est l’heccéité qui a besoin de ce type d’énonciation. Heccéité = Evènement. [...] Une chose, un animal, une personne ne se définissent plus que par des mouvements et des repos, des vitesses et des lenteurs (longitude), et des affects, des intensités (latitude). Il n’y a plus de formes, mais des rapports cinématiques entre éléments non formés ; il n’y a plus de sujets, mais des individuations dynamiques sans sujet, qui constituent des agencements collectifs. Rien ne se développe, mais des choses arrivent en retard ou en avance, et entrent dans tel agencement d’après leurs compositions de vitesse. Rien ne se subjective, mais des heccéités se dessinent d’après les compositions de puissances et d’affects non subjectivés. Carte des vitesses et des intensités."
( Gilles deleuze - Dialogues avec Claire Parnet )
- L’heccéité, ou eccéité, est un terme de philosophie médiévale qui renvoie à l’essence singulière de chaque chose.
- A l’origine, aïôn est un mot du grec ancien qui se traduit parfois par "éternité". Gilles deleuze reprend ce terme pour penser un temps non pas linéaire, chronologique, mais confondu avec le surgissement de l’évènement.

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