Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . G. Babinet, L. Alexandre, D. Cardon,
E. Sadin, I. Sorente, L. Chemla & D. Cerqui
À quoi rêvent les algorithmes ?

France 2 - Ce soir (ou jamais !) - 23 octobre 2o15

vendredi 23 octobre 2015

. ./. .

Dominique Cardon : On entre dans un monde de données. On a vu, ces traces se répandent partout, ces traces il faut les comprendre, les interpréter, il faut les organiser, il faut les trier, et pour ça il faut des calculs. ces calculs ils sont menés par ce qu’on appelle les algorithmes, qui sont en fait des instructions que nous donnons à des machines pour organiser ces calculs de telle ou telle manière et représenter l’information. (...)

. ./. .

Eric Sadin : Quand on parle d’algorithme, ce qu’il faut saisir c’est le régime de vérité qui est à l’oeuvre. C’est quelque chose de supposé infaillible, qui s’impose, qui détermine des actions. Or, il faut relever que c’est une réduction de quantités d’informations à des données où il se passe l’exclusion du sensible. On croit savoir l’absolu d’une information, alors qu’en sont exclus beaucoup d’informations, dont le sensible. Donc, le savoir algorithmique relève d’un réductionnisme. C’est ce qui me semble important de dire d’entrée. C’est un savoir réductionniste qui s’expose et qui est envisagé actuellement comme revêtant une valeur de vérité quasi absolue, or elle exclut beaucoup d’autres dimensions. Or nous, humains, notre connaissance des choses est beaucoup déterminée par le sensible.

. ./. .

Isabelle Sorente : (A propos du recrutement assisté par ordinateur) Est-ce qu’il n’y a pas derrière un espèce de rêve de connaissance supra-humaine ? Avant on faisait les analyses graphologiques, ou les horoscopes, (...) Moi j’ai l’impression que c’est toujours le même besoin de légende, comme si on n’avait pas confiance en nous, et qu’il fallait une espèce de validation extérieure. Je crois que je préférais les horoscopes.

. ./. .

Gilles Babinet : Il y a plusieurs choses qui sont à l’oeuvre ici. Il y a ce que vient d’évoquer Eric Sadin, qui est très important, c’est la perte de la causalité. On dit souvent que "correlation ne vaut pas causalité". C’est quelque chose qui est très important parce qu’il me semble qu’on a là une rupture anthropologique. On change de société. On va vers une société où, parce qu’on a besoin de gains de productivité, parce qu’on a besoin des machines en général, on va avoir des choses qui vont fonctionner toutes seules avec parfois une distorsion entre, finalement, le fait qu’il y ait une cause - c’est le cas quand on assassinerait quelqu’un à tort au Pakistan - et une causalité, c’est-à-dire un facteur de présomption par les data. (...) Et puis la deuxième chose qui me parait importante c’est le fait que on rentre finalement dans une société de massification où vous avez des capacités de concentration de moyens qui vont s’appliquer des millions, potentiellement des milliards, de personnes, et donc des enjeux de conformation qui sont très importants. Le langage conforme les sociétés mais les logiciels les conforment encore plus. C’est pour moi les deux questionnement qui me semblent très importants à cet égard.

. ./. .




Affouiller également :

L’algorithmique sécuritaire :


6 heures contre la surveillance : Philippe... par Mediapart


L’algorithmique judiciaire :