Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Philippe Corcuff
Construire sa vie comme une oeuvre d’art

Conférence du 12 février 2o14 dans le cadre de l’Université Pour Tous de Vaison-la-Romaine

mercredi 12 février 2014


Construire sa vie comme une œuvre d’art... par Thierry-Le-Roy-84

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Habitus de classe et individualité selon... par Thierry-Le-Roy-84

Philippe Corcuff : Si on veut traiter [...] le problème des rapports entre classes sociales - qui renvoient plutôt à contradictions capital/individualité mais pas seulement [...] - et puis individu, Bourdieu nous a donné un piste [...].

Souvent, on va considérer qu’on ne peut pas penser en même temps le collectif et l’individualité singulière de chacun. C’est-à-dire que si on choisit le collectif et bien on va négliger l’individualité. Si on choisit l’individualité, on va négliger le collectif. Or Bourdieu a forgé un de ses principaux concepts, qui s’appelle l’habitus, dont on ne retient qu’un aspect seulement, à mon avis à tort.

Qu’est-ce que c’est que l’habitus ? L’habitus pour Bourdieu, ce sont les dispositions, les façons de se comporter, d’agir, de penser, etc., que les individus acquièrent souvent de manière non conscientes à travers leur socialisation, la famille, l’école, etc., et qui les conduit disons à agir d’une certaine façon en fonction de cette socialisation. Et Bourdieu distingue deux choses que n’ont pas toujours distinguées les bourdieusistes - par rapport à Marx, il faut se méfier des marxistes, par rapport à Bourdieu, il faut se méfier des bourdieusistes - c’est que Bourdieu a parlé des habitus de classe.

Alors qu’est-ce que c’est que les habitus de classe ? C’est l’idée que une classe d’individus, par exemple les ouvriers par rapport aux patrons, ils ont des dispositions communes liés à leur mode de vie et à leur rapport au monde. Et donc ils vont avoir des tendances communes dans leur habitus. Mais un habitus de classe, par exemple l’habitus ouvrier, ce n’est pas quelque chose d’individuel. Un habitus ouvrier c’est ce qui est tendanciellement commun à l’ensemble des ouvriers. C’est en fait une réalité collective, une intersection de ce qui existe entre les différents ouvriers.

Et quand Bourdieu va traiter les individus, par exemple il va le faire dans son livre "Les règles de l’art" avec Flaubert, il va le faire dans son livre sur Heidegger sur "L’ontologie idéologique de Martin Heidegger", dans "La misère du monde" il va le faire pour des individus moins pour des artistes ou des philosophes mais pour des individus ordinaires. Bourdieu va s’intéresser aux individus, et il va donc distinguer les habitus de classe des habitus individuels.

Chacun a un habitus individuel qui est un habitus de classe. Ça n’a aucun sens pour Bourdieu de dire que untel a un habitus ouvrier, pourquoi ? Parce que un individu c’est la composition singulière de différentes strates collectives. Un individu il est ouvrier ou patron, il est jeune ou vieux, il est homme ou femme, il est blanc ou noir, etc., il a en fait différentes caractéristiques, différents habitus de classe. Et ces différentes caractéristiques vont se combiner de manière singulière dans chaque individu. Ce qui fait que pour Bourdieu, chaque individu n’est fabriqué qu’avec des relations sociales et en même temps il est complètement singulier. Ce qui casse la coupure souvent faite, soit on pense la singularité, soit on pense le collectif. En fait, chacun est fabriqué avec des matériaux collectifs et en même temps ces matériaux collectifs sont organisés de telle façon qu’il est unique et singulier. Chacun est unique et en même temps fabriqué avec du collectif. C’est ça un des grands éléments qui nous permet de penser ces rapports entre la notion de classe et la notion d’individualité.

t’CG

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