Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Pascal Picq
Darwin et les origines de l’homme, un siècle de perdu !

Canal U - Université Nice Sophia Antipolis - Conférence du 21 décembre 2oo9

jeudi 26 décembre 2013

Pascal Picq (né le 22 janvier 1954 à Bois-Colombes en France) est un paléoanthropologue français, maître de conférences au Collège de France où il collabore avec le professeur Yves Coppens.

Nos origines sont africaines, mais il a fallu attendre 1959, soit exactement un siècle après la publication de « l’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », pour qu’on vérifie l’hypothèse avancée par Charles Darwin dans « La filiation de l’Homme en relation avec la sélection sexuelle » de 1871. Comment a-t-il élaboré cette hypothèse ? Tout simplement en se fondant sur les relations de parenté entre l’Homme et les grands singes africains – les gorilles et les chimpanzés -. Les nombreux fossiles découverts depuis – Mr. Zinj, Ms. Ples, Lucy, Abel, Nariokotome Boy, Toumaï, Ida et tant d’autres – sortent des sédiments grâce à la plus grande théorie jamais forgée par le génie humain : l’évolution. Mais il reste encore tellement à découvrir, car si la paléoanthropologie ne cesse de compléter notre arbre phylogénétique, le programme de recherche proposé par Darwin sur nos origines comportementales et cognitives commence à peine. (cf. Pascal Picq et Philippe Brenot, Le Sexe, l’Homme et l’Evolution, Odile Jacob 2009 ; Pascal Picq et Yves Coppens, Le Propre de l’Homme, Fayard, 2001).

Où en Afrique ? Depuis la découverte de Lucy en 1974 jusqu’à celle d’Orrorin en 2000, le « fossile du millénaire », les fossiles indiquaient l’Afrique à l’est des vallées du Rift ; c’est l’East Side Story d’Yves Coppens. C’est alors qu’arrive Toumaï provenant du désert du Djourab au Tchad et âgé de 7 millions d’années. Du coup, on ne sait plus si la séparation entre notre lignée et celle qui donnera les chimpanzés s’est faite à l’ouest ou à l’est du Rift. En tout cas, on se trouve près du dernier ancêtre commun aux hommes et aux chimpanzés d’aujourd’hui, bien que l’on continue à ignorer ces derniers. Or voilà qu’ils se rappellent aux bons souvenirs des Hommes avec la publication du séquençage de l’ADN d’un chimpanzé en septembre 2005. D’un côté des fossiles qui enfoncent les origines de notre lignée dans le temps, de l’autre de l’ADN qui les rapprochent dans le temps. Le défi des origines se situe là, à la rencontre des ces deux lignées sœurs grâce à des fossiles et des molécules d’ADN.

On n’a pas encore pris la mesure de la révolution paradigmatique en cours entre, d’un côté, des espèces fossiles de plus en plus nombreuses et, d’un autre côté, un génome se rapportant à moins de 25.000 gènes et quasi identique entre les hommes et les chimpanzés actuels. A moins de sombrer dans un réductionnisme halluciné dans la quête improbable du « gène de la bipédie ou du langage » – ce que font trop de généticiens offrant ainsi une critique aisée et pertinente aux créationnistes et aux sciences humaines envers l’anthropologie évolutionniste -, il convient de rapprocher les recherches sur l’évolution du génome et des comportements, ce qui mobilise l’éthologie et les sciences cognitives comparées pour les espèces actuelles, et l’archéologie préhistorique pour les espèces fossiles. Un changement de paradigme donc, entre les modèles déterministes vers des modèles constructivistes qui interpellent les formes encore mal explorées de ce qu’on appelle l’épigénétique. Se profile, enfin, le programme de recherche suggéré par Darwin en 1871 – 1872.

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