Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . G. W. F. Hegel via J-F. Kervégan
De la négativité dans le système hégélien

Les nouveaux chemins de la connaissance
Les vertus du non (2/4) - émission du 15 1o 2o13

mardi 15 octobre 2013

[...]

Adèle Van Reeth : Bonjour Jean-François Kervégan.

Jean-François Kervégan : Bonjour.

Dominique Janicaud (archive INA, 1982) : Il faut d’abord expliquer cette expression : travail du négatif. Hegel étant un logicien, au sens fort, comprend l’histoire en termes logiques. Il montre que le positif sort du négatif, c’est évidemment la grande révolution de la logique hégélienne qui paraît d’ailleurs encore scandaleuse à bien des logiciens. Deuxièmement, il y a travail du négatif parce que l’avancée de l’histoire, son mûrissement, va révéler l’absolu qui était en germe et que les contemporains n’étaient pas capable de voir. Ce travail, évidemment incompris en un sens philosophique, bien que Hegel dans quelques paragraphes prémonitoires de la philosophie du droit, qui ont été lus avec l’attention que vous pouvez deviner par Karl Marx, ait aussi envisagé l’intérêt particulier des limites du travail industriel. Mais quand il parle du travail du négatif, il s’agit en fait de l’oeuvre même de la dialectique, de la dialectique à l’oeuvre, c’est-à-dire du fait que le réel n’est produit qu’à travers des oppositions, oppositions parfois déchirantes, même trop souvent déchirantes et apparemment insurmontables.

AVR : Jean-François Kervégan vous êtes professeur à l’université de Paris I. Membre de l’Institut Universitaire de France, et auteur d’un ouvrage sur Hegel intitulé "L’effectif et le rationnel, Hegel et l’esprit objectif" publié chez Vrin en 2oo8. Nous venons d’entendre la voix du philosophe Dominique Janicot, spécialiste de philosophie allemande, disparu en 2oo2, évoquer le travail du négatif chez Hegel. Alors, si du négatif il y a un travail c’est donc que le négatif a quelque chose de productif ?

JFK : Oui, Janicaud évoquait ce passage fameux de la préface de la "Phénoménologie de l’esprit", où Hegel parle du sérieux, de la douleur, de la patience et du travail du négatif. Et je crois que pour comprendre une telle phrase, il faut commencer peut-être par tenter de définir les rapports des deux notions propres, spécifiquement hégéliennes, de négatif et de négativité. Il me semble que la négativité, c’est un terme dont Hegel est le premier à avoir fait un usage systématique, a deux sens chez lui. D’une part un sens général, pas spécifiquement hégélien : la négativité c’est la propriété de tout ce qui est négatif, ou tout ce qui comporte de la négation. Et puis il y a un sens spécifique, proprement hégélien cette fois : la négativité c’est la propriété qu’a la négation, autrement dit le moment dialectique qui nie un premier terme positif, immédiat, de se redoubler en se retournant contre elle-même et fonctionnant alors comme négation de la négation, de donner naissance à une positivité supérieure. À une positivité médiatisée, incluant en elle le négatif. Je crois que c’est cela la négativité au sens proprement hégélien, et c’est ça qui éclaire cette phrase fameuse de la préface de la "Phénoménologie de l’esprit".

AVR : C’est-à-dire que dans négativité, il faut y entendre un processus. La négation serait un acte, la négativité serait un processus toujours en devenir.

JFK : Absolument, absolument. La négativité, Hegel dit dans la "Science de la logique" : "Lorsqu’à l’avenir il sera question de négativité, est à entendre par là non pas cette négation première, la limite, la borne ou le manque, mais essentiellement la négation de l’être-autre qui comme tel est rapport à soi-même. Rapport à soi-même, un rapport dynamique à soi-même, un rapport productif d’opposition à soi qui permet de (re)devenir soi, c’est-à-dire de devenir ce que l’on est.

AVR : Alors là vous êtes déjà à la fin, si j’ose dire, du système hégélien. On va prendre le temps de déplier les termes que nous avons employé déjà en quelques minutes. Les termes sont assez nombreux qu’il nous faudrait éclaircir pour comprendre ce dont nous parlons aujourd’hui. Donc, la négation serait un acte, la négativité un processus. Commençons au commencement, la négation est à la fois un moment de l’entendement, et en même temps c’est aussi un moment de la raison spéculative. Peut-être on peut commencer avec cette distinction entre d’un coté l’entendement et de l’autre la raison spéculative pour comprendre comment chez Hegel la négation est nécessaire au processus même du devenir soi. Jean-François Kervégan.

JFK : Je dirais que, première chose, la distinction entendement raison, bien entendu, Hegel la reprend de Kant. Et contrairement à ce que l’on croit parfois, la position de Hegel à l’égard de l’entendement et de son travail, n’est pas du tout une position unilatéralement négative. Hegel, par exemple, écrit quelque part : la raison et "son" entendement. Ce qui sous-entend bien que l’entendement, le travail de l’entendement, est un moment, et même un moment nécessaire, il le souligne avec insistance dans la préface de la "Phénoménologie de l’esprit", de la raison. L’entendement opère précisément le travail du négatif, en niant le donné, en niant ce qui apparaît comme là, pour faire apparaître ce qui contrecarre ce donné, ce qui s’oppose à lui. Et la raison, la raison spéculative, c’est ce pouvoir qui, grâce au travail de la négativité, va retourner en quelque sorte contre elle-même les œuvres de l’entendement pour faire advenir une vérité qui sera à la fois la vérité de ce que l’entendement niait, de l’immédiat, du donné, du c’est-comme-ça, et la vérité du travail opéré par l’entendement, contre cette première vérité qui évidemment était non vraie.

AVR : Alors en quel sens est-ce que la négation est nécessaire à la connaissance ? Lorsque l’entendement connaît quelque chose, pour le connaître il doit l’opposer à ce qu’il n’est pas. Pour pouvoir dire A=A, ce qui est donc une connaissance de A, . . principe d’identité A=A, il faut pouvoir montrer ce que A n’est pas. Et c’est en ce sens sans doute que la négation est à la base de toute connaissance.

JFK : Absolument, absolument. Le travail de l’entendement c’est précisément ce travail de négation. Toute connaissance commence par - vous allez parler de Bachelard ultérieurement, la philosophie du non - toute connaissance commence par un travail de négation des apparences - on pense à Platon bien sûr - négation des apparences, négation du donné, comme je le disais il y a un instant, négation du c’est-comme-ça. Il n’y a de connaissance qu’à partir du moment, et Hegel est un de ceux qui l’a dit avec le plus de force, il n’y a de connaissance qu’à partir du moment où on ne se satisfait pas du c’est-comme-ça. C’est-à-dire où on admet que la vérité est le résultat d’un processus, un processus long, difficile, douloureux parfois, qui consiste à contredire des évidences, contredire l’immédiat, non pas pour l’éliminer mais pour montrer qu’en réalité l’immédiat, ce qui se donne comme-ça, est toujours en réalité sous-tendu par un processus de négation qui le pose comme immédiat. La vérité consiste à révéler les médiations qui constituent l’immédiat dans ce qu’il a d’immédiat.

AVR : Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a plus d’immédiat en tant que tel ? Et donc, quelle place Hegel fait-il à la sensibilité par exemple ?

JFK : Il n’y a plus d’immédiat au sens où l’immédiat se révèle grâce au travail du négatif, grâce au travail de la négativité, l’immédiat se révèle toujours médiatisé. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il serait supprimé, aboli. D’ailleurs, tout à la fin de la "phénoménologie de l’esprit", dans le tout dernier chapitre intitulé "le savoir absolu", Hegel nous explique que le savoir absolu, en réalité, rejoint le point de départ de cette même "phénoménologie de l’esprit" qu’il appelait la certitude sensible. Et Hegel nous apprend, mais tout à la fin de l’ouvrage, qu’en réalité tout était déjà dit dans cette certitude sensible, dans ce contact immédiat de la conscience avec "ça" qui se trouve devant moi, mais que simplement elle ne pouvait pas le savoir, et qu’il fallait tout ce périple, tout ce processus pour qu’on s’aperçoive que la vérité était déjà inscrite dans le contact immédiat de la conscience et de la chose. Mais il faut tout le travail de la négativité, tout le travail de l’entendement et de la raison spéculative, pour s’apercevoir que l’immédiat, parce qu’il est toujours déjà porteur de médiations qui le font être ce qu’il est, contient, en un sens, toute la vérité.

AVR : La méthode à laquelle Hegel a recours pour essayer de montrer cette vérité, donc tout immédiat est toujours composé de médiations, et qui explique aussi pourquoi la négation est nécessaire à ce processus de vérité, c’est ce que l’on appelle la dialectique. Et la dialectique n’est pas une invention hégélienne, on peut tout simplement se référer à Platon qui lui-même fait un usage de la dialectique, auquel Hegel va apporter des transformations. Mais c’est une méthode ici qui est proprement dynamique. Dans dialectique il faut entendre ce dynamisme même de la raison qui va sans cesse essayer d’incorporer le négatif en son sein. Jean-François Kervégan.

JFK : Oui, vous avez parlé de Platon, il faudrait aussi bien sûr nommer Kant. Lorsque Hegel parle de la dialectique, il a présent à l’esprit ces deux monuments, la dialectique platonicienne, la dialectique kantienne. Et par rapport à Kant, disons que son originalité consiste à dire que la dialectique - il reproche à Kant de s’être entre guillements "arrêté en chemin" - que la dialectique a un résultat positif. J’aimerais citer cette phrase de la préface de la "phénoménologie de l’esprit" qui illustre bien cette conception de la dialectique entendue comme travail du négatif, comme processus de constitution de la vérité, cette phrase : "L’esprit n’acquiert sa vérité qu’en se trouvant lui-même dans la déchirure ou dans le déchirement absolu.". Autrement dit, la négativité ou la dialectique qui sépare en quelque sorte l’être, le positif, de lui-même est cela même qui le fait être. C’est en s’opposant à soi, et en se niant, et en niant cette négation ancienne, que quelque chose devient ce qu’il est. Quelque chose n’est pas ce qu’il est, quelque chose devient ce qu’il est, il ne devient ce qu’il est que par le travail qui l’oppose à lui-même en lui-même.

AVR : Là c’est une formule logique. La négation de la négation devient une affirmation.

JFK : Absolument. Ça c’est la thèse centrale de la dialectique hégélienne si l’on peut dire, c’est le fil conducteur de la science de la logique.

"L’unique chose, pour gagner le progrès scientifique, est la connaissance de la proposition logique que le négatif est tout aussi bien positif. Ou que ce qui se contredit ne se résout pas en zéro dans le néant abstrait mais essentiellement dans la seule négation de son contenu particulier. Ou qu’une telle négation n’est pas toute négation mais la négation de la chose déterminée qui se résout du coup négation déterminée. Que donc, dans le résultat est contenu essentiellement ce dont il résulte. Ce qui à proprement parler est une tautologie, car autrement il serait un immédiat et non un résultat. En tant que ce qui résulte, la négation est négation déterminée. Elle a un contenu. Elle est un concept nouveau, mais plus élevé, plus riche que le précédent. Car, en raison de sa négation, égale la négation de ce concept, ou de ce qui lui est opposé, elle est devenue plus riche. Elle le contient donc, mais aussi plus que lui, et est l’unité de lui et de son opposé. C’est sur le chemin maintenant aussi qu’a à se former le système des concepts et, dans un cours ininterrompu, pur, n’admettant rien de l’extérieure, à s’achever." ( G.W.F Hegel - Science de la Logique )

AVR : Jean-François Kervégan, toute négation de l’entendement est une négation déterminée. C’est ce qu’affirme Hegel dans cet extrait de la "Science de la Logique" qu’on vient d’entendre. "Science de la Logique" qui date de 1812, ici interprétée par Georges Claisse. On y entendait l’affirmation selon laquelle le négatif est toujours aussi bien positif, ce qui signifie, ce que vous aviez dit, que le négatif n’est pas de l’ordre du zéro, du rien, du néant, mais bien de l’avènement de quelque chose de positif. Et ce texte nous donne quelque part le secret, ou la méthode, qui permet au négatif de devenir positif. C’est non seulement le fait que cette négation soit toujours déterminée, donc c’est la négation de quelque chose, définition qui produit la connaissance, on l’a dit, et surtout négation ressaisie par le mouvement spéculatif, qui cette fois n’est pas un mouvement de connaissance, dans un dynamisme qui permet, c’est le dernier mot du texte, qui permet au mouvement de s’achever. Et là j’aimerais qu’on s’arrête là-dessus, parce que le fait que le mouvement doive s’achever montre que la négation n’est qu’un moment du mouvement plus général qui est celui de l’absolu qui s’achève. Alors s’il y a un achèvement, il y a une fin. Donc est-e que finalement le processus dialectique peut se débarrasser de cette négation originale qui est celle de l’entendement qui permet la connaissance ? Est-ce qu’il ne la retrouve pas de toute façon à la fin puisqu’il y a une fin de toute façon, donc il reste une négation, vous voyez ce que je veux dire ?

JFK : Je vois ce que vous voulez dire, j’ai essayé de comprendre ce que disait Hegel, alors j’ai un petit doute sur l’achèvement. Parce que, tout le monde connaît la fameuse image que Hegel développe dans la préface de la "phénoménologie de l’esprit" : "la philosophie est un cercle de cercles". L’achèvement d’un cercle est toujours le commencement d’un nouveau cercle. Et en ce sens il n’y a pas à proprement parler d’achèvement. Je crois que c’est une erreur commune, mais c’est une erreur quand même de croire que ce que Hegel appelle le savoir absolu ou l’idée absolue soit à comprendre comme un terme, c’est-à-dire un point final après lequel il n’y aurait plus rien à dire. En réalité, il m’est arrivé d’expliquer que ce que Hegel appelle le savoir absolu, donc le résultat de ce processus n’est pas autre chose qu’une position. Une position de savoir qui a dépassé un certain nombre d’approches unilatérales et qui est plutôt un début qu’une fin. Parler d’achèvement, c’est s’inscrire dans une lecture qui insisterait disons sur la clôture du système hégélien alors qu’on peut aussi proposer une lecture qui insiste plutôt sur son ouverture. Sur son ouverture fondée précisément sur ce dynamisme processuel de la négativité qui ne peut avoir de terme. Il n’y a pas de terme au mouvement de la négation.

AVR : Et c’est pour ça que je vous posais la question puisque Hegel lui-même emploie se terme d’achèvement, et c’est donc ça qui est surprenant. Parce que s’il y a un achèvement, c’est le sens de ma question, on retourne à la négation.

JFK : C’est l’achèvement d’un cercle mais, mais pas l’achèvement du processus. Dans la Logique, justement au début de la Logique, je crois que c’est dans l’introduction, Hegel dit que la négation est négation déterminée, c’est le terme, c’est ce que vous avez souligné, elle a un contenu, elle est un concept nouveau plus élevé, plus riche, que le précédent. Mais ce concept nouveau, plus élevé, plus riche, lui-même, appelle sa propre relève - comme disait Derrida traduisant l’intraduisible aufhebung de Hegel - sa relève par un autre concept encore plus riche que le précédent. En sorte que, le mouvement de la négation, et la négation se rapportant à elle même pour produire du positif ne s’achève jamais et que la logique, le système se déploie en un cercle infini de cercles.

AVR : Et comment passe-t-on du coup de la négation de l’entendement, nécessaire à la connaissance, à la négation nécessaire à la méthode dialectique qui est celle de la raison spéculative ? Comment passe-t-on de l’une à l’autre ? Est-ce qu’il y a un saut ou est-ce que la raison permet d’englober complètement l’entendement ?

JFK : Elle l’englobe comme étant son moment, ou un temps disons dans le processus. Je crois que ce que considère Hegel c’est qu’il n’est pas possible de s’engager dans le travail du négatif sans accepter l’idée que la négation puisse, ou doive, se retourner contre elle-même et, en quelque sorte, s’opposer à sa propre position. De sorte que la négation de la négation est toujours déjà impliquée dans la négation, en quelque sorte. La négation appelle la négativité entendue comme négation rapportée à soi-même et par là même, production d’une positivité qui n’est pas identique à la positivité première, toute bête si j’ose dire, de ce dont on était parti, de l’immédiat, du donné, du ceci, du ça, c’est-comme-ça, mais qui est ce même donné, et ce même ça entendu et lesté de tout le poids des médiations qui l’ont amené à être, à devenir ce qu’il est.

AVR : Ce qui pose problème quand même dans ce que vous dites c’est le fait que le, à bien vous comprendre, donc que si la pensée de Hegel est une pensée du devenir, que l’être doit devenir lui-même, que l’absolu doit lui-même se saisir en-soi et pour-soi, et donc essayer d’identifier les médiations qui composent l’immédiat, alors comment peut-on encore parler d’absolu en réalité ? Le terme même d’absolu implique, en tout cas on l’y entend peut-être, une idée ou un concept, je ne sais pas comment Hegel le nommerait, qui est figé. Or, chez Hegel, l’absolu est toujours en mouvement. Comment est-ce que ce mouvement peut-il se fixer au sein d’un terme de la pensée qui, lui, implique une forme de fixité ?

JFK : Alors, je répondrai la chose suivante. En fait, l’absolu, ce n’est pas un concept proprement et véritablement hégélien. Je m’explique. Hegel emprunte cette expression notamment à Schelling, dont on sait qu’il a été très proche avant de devenir un adversaire irréductible, et réciproquement. Dans la Logique et dans l’Encyclopédie des sciences philosophiques, Hegel, c’est assez curieux, donne des définitions successives de l’absolu. Il dit, l’être pourrait être une première définition de l’absolu. L’essence est une deuxième définition de l’absolu. Le concept est une troisième définition de l’absolu. L’idée est une autre définition de l’absolu. De sorte que l’absolu n’a pas de lieu, il n’est qu’une dénomination du processus englobant l’ensemble des déterminations de la logique. L’absolu en quelque sorte n’est pas un être, n’est pas une chose, n’est pas un terme, n’est pas même un concept, mais la dénomination, dénomination finalement très abstraite de ce processus constant qui est celui du savoir, et qui ne saurait avoir de terme, ne saurait se fixer en un point final, ultime, que ce soit alors, selon l’interprétation courante, l’absolu comme dieu, ou comme divinité, ou comme transcendance, ou quoi que ce soit d’autre. Hegel n’est pas un ami de la transcendance.

AVR : C’est-à-dire qu’il exclut la transcendance de son système. Puisque la transcendance implique une extériorité justement.

JFK : La pensée de Hegel, la philosophie de Hegel, est une philosophie de l’immanence. Je crois que le mieux pour s’en apercevoir c’est d’examiner sa conception de l’infini. Dans . . c’est l’illustration en même temps . . la conception que développe Hegel des rapports entre le fini et l’infini est une des meilleures illustrations de ce thème de la négativité, de la négativité productrice, dont nous parlons aujourd’hui.

Selon la compréhension usuelle que Hegel estime fausse, le fini se tiendrait en quelque sorte, c’est ce qu’il dit dans la Science de la Logique, page 110 dans la traduction, le fini se tiendrait face à l’infini comme sa négation. Mais justement, dans ce cadre, l’opposition fini-infini, on pourrait dire fini absolu, est fixée et indépassable. L’infini ainsi compris n’est pas autre chose que la négation du fini, et le fini n’est pas autre chose que la négation de l’infini.

Or justement, Hegel nous explique qu’il n’en va pas ainsi. Il faut sortir de ce face à face, stérile, qui est le moment de la première négation, la négation simple. D’un coté le fini de l’autre l’infini. Pour accéder à la pensée de ce qu’il appelle l’infinité véritable, infinité qui n’est pas au delà du fini, qui n’est pas une transcendance, mais c’est une infinité qui se loge au sein du fini qui, en quelque sorte, énonce sa pulsation interne. L’infini n’est pas autre chose que le mouvement du fini.

"Le vrai est certes le tout, mais le tout est mouvement d’accomplissement de l’essence. L’absolu est résultat, sujet qui advient à soi. L’idée que l’intuition est l’immédiat est une idée fausse, un truc verbal, une illusion qui permet la paresse ontologique. Il faut oser la médiation, le non-absolu si l’on veut vraiment l’absolu, car l’absolu est cette médiation tant redoutée."
( Hegel - extrait de la préface de la "Phénoménologie de l’esprit" )

AVR : [...] Revenons, Jean-François Kervégan, à la distinction entre le fini et l’infini qui permet de comprendre ce que signifie l’absolu chez Hegel. J’ai lu un extrait de la préface de la "Phénoménologie de l’esprit", qui montre, qui affirme que "l’idée que l’intuition est l’immédiat" est une idée fausse, un truc verbal, une illusion qui permet la paresse ontologique". Et c’est ce qui me conduit à cette question que je me pose depuis le début de l’émission : que reste-t-il du sujet dans une pensée de l’absolu ? Parce que nous parlons de connaissance, nous parlons de l’immédiat donc d’une forme de sensibilité qui certes est toujours médiée chez Hegel, mais quand même, il y a une expérience de l’immédiat chez l’homme. Que reste-t-il de l’expérience humaine - là j’emploie le terme de sujet, on pourrait en trouver un autre - dans le système hégélien qui semble le fait d’une abstraction ? Alors d’accord, il y a le positif et le négatif qui travaillent ensemble, mais est-ce que là on ne se situe pas dans une sphère de réflexion complètement coupée de toute expérience et de toute réflexion en tant que sujet empirique ? Sans forcément faire référence à Kant. Jean-François Kervégan.

JFK : C’est une question difficile mais nécessaire. Une première chose que je répondrais, c’est qu’il y a chez Hegel une ré-élaboration prodigieuse de la notion de subjectivité et de sujet, qui s’opère précisément dans la Science de la Logique, puisque le 3ème tome, la 3ème partie de la Science de la Logique s’intitule la logique subjective ou doctrine du concept. Et Hegel en quelque sorte y développe cette idée que le sujet véritablement n’est pas ce que l’on croit, à savoir ce qu’il appelle la subjectivité finie, mais le concept. Il le dit d’ailleurs, il pose en équivalence les deux termes, concept et sujet. Le concept étant entendu non pas comme l’oeuvre ou l’acte d’un sujet concevant, mais comme en quelque sorte le mouvement par lequel la pensée se produit elle-même. Le sujet (??), au sens le plus stricte et spéculatif du terme, c’est le mouvement même de la pensée qui s’engendre elle-même, et qui n’est pas l’acte ou l’oeuvre des sujets, des sujets finis.

Alors vous me direz, dans ce cas-là, est-ce que ça ne justifie pas toutes les critiques qui ont été portés à Hegel, un système qui fait disparaître les individus, etc. Je crois que non, précisément parce que le système hégélien est construit de telle manière que le travail du concept implique nécessairement la prise en charge constante des résultats de la pensée des individus, de la pensée la plus commune, entendue comme le matériau sur lequel et dans lequel va se réaliser le travail du concept, le travail de la subjectivité spéculative.

Hegel, par exemple, c’est très caractéristique, Hegel est quelqu’un qui s’intéressait beaucoup aux sciences. Sa bibliothèque comportait plus d’ouvrages scientifiques que de livres de philosophie. C’est quelqu’un qui était très attentif aux résultats les plus récents de la physique, de la chimie, etc. Parce qu’il était convaincu que le travail de l’entendement, le travail des savants, était une vérification en quelque sorte constante du travail de la pensée. Quant à sa philosophie politique, où il est question des individus, il serait totalement faux, c’est une erreur assez répandue, mais c’est une erreur quand même de croire que la philosophie politique de Hegel est une philosophie qui anéantit l’individu dans l’état, qui anéantit le singulier dans l’universel, etc., etc. Hegel conçoit l’universel comme n’étant rien d’autre que l’oeuvre des singularités et de la singularité. L’état c’est la réunion en tant que telle, la réunion de qui ? De Quoi ? Et bien précisément, la réunion des individus, des sujets. Autrement dit, la subjectivité au sens courant du terme, Hegel ne la récuse pas, seulement il considère que cette subjectivité - que lui appelle la subjectivité finie, la sienne, la nôtre -, que la subjectivité finie ne fait sens qu’à être réinscrite dans le mouvement infini de la subjectivité du concept.

AVR : Mais est-ce que ce n’est pas la meilleur façon de nier la finitude justement. En identifiant le concept et le sujet est-ce que Hegel ne procède pas de façon telle qu’on ne sait plus de quoi on parle, puisque c’est le sujet lui-même qu pense et c’est la pensée elle-même qui est sujet ? Il n’y a plus de pensée du sujet, et même de l’individu. C’est une équivalence de terme, mais la réalité . . plutôt, de quelle façon Hegel se réfère-t-il à une forme de réalité qui n’est pas uniquement rationnelle ? Je sais bien chez lui tout ce qui est réel est rationnel, tout ce qui est effectif est rationnelle. Mais est-ce que Hegel, dans le système de pensée qu’il produit, n’exclue pas justement d’emblée toute forme de critique et de présence d’une altérité, puisqu’il l’intègre en son sein ? En intégrant la négation dans la dialectique, il ne laisse aucune place possible à autre chose que ce qu’il dit ? En identifiant le concept et le sujet, de la même façon. Donc finalement, il a forcément raison puisqu’il n’y a aucune place à la contradiction extérieure à ce que lui-même dit.

JFK : Je dirai que, ce que vous venez de dire c’est en fait le fil conducteur des critiques qui ont été adressée à Hegel dès son présent, si je puis dire, et qui sont développées par la suite à travers Kierkegaard, Nietzsche et Adorno par exemple. Ces critiques revenant toujours à dire finalement, le travail du concept, le travail du négatif, c’est une machine à broyer la différence, à broyer le contingent, à faire disparaître l’individu. On peut objecter beaucoup à cela, par exemple Bernard Mabille a écrit un très beau livre sur Hegel et la contingence, dans lequel il montre, et à mon avis de manière très pertinente, que contrairement à une première apparence la pensée de Hegel n’est pas une négation du contingent. D’ailleurs lui-même a eu des formules très étranges. Quand Haydn, le poète, lui a un jour posé la question : "mais, c’est vrai que l’effectif est rationnel ? Que le réel est rationnel ?" Hegel lui a répondu, peut-être pas, mais il faudrait qu’il en soit ainsi. Donc ça montre bien qu’il avait conscience du fait que le réel empirique dans sa contingence n’est évidemment pas rationnel. Que Hegel n’a jamais pensé, il n’était pas stupide au point de croire que le moindre événement contingent pouvait être considéré comme relevant d’une nécessité absolue. La légende du nécessitarisme hégélien est une légende. C’est une pensée qui fait place à la contingence. Cela dit, on peut lui objecter, et cela lui a été beaucoup objecté, que la manière dont cette pensée intègre la contingence est telle que la contingence est pour ainsi dire toujours déjà domestiquée. C’est un peu ce que vous suggériez en fait, toujours déjà domestiquée par le travail du concept.

On peut tenter d’exprimer une même intuition, un même concept, dans différents langages. Mais cela conduit alors naturellement à des développements très différents, des énonciations très différentes, que ce soit par la clarté, la longueur, les circonvolutions explicatives, les convocations de concepts connexes, etc.

Il est clair ici, pour la t’CG en tout cas, que le vocabulaire hégélien n’usant que de termes logiques chargés tels que "négation", "négation de négation", ou philosophiques tels que "absolu", "nécessité", "immanence", "contingence", etc., ne favorisent guère la clarté du propos. Et pourtant, l’idée développée semble simple, beaucoup plus physique que métaphysique, beaucoup plus cybernétique même, au point qu’on voudrait considérer la "dialectique" comme une "cybernétique" prise au sens large, c’est-à-dire s’appliquant à tous systèmes artefactuels ou non.

Sous cet angle, cybernétique, le concept central du système hégélien se ramasse dans le verbe "aufheben". Son substantif "aufhebung" caractérise le processus de dépassement d’une contradiction dialectique où les éléments opposés sont à la fois affirmés et éliminés et ainsi maintenus, dans une synthèse, une reliAnce.

"Par aufheben nous entendons d’abord la même chose que par hinwegräumen (abroger), negieren (nier), et nous disons en conséquence, par exemple, qu’une loi, une disposition, etc., sont aufgehoben (abrogées). Mais, en outre, aufheben signifie aussi la même chose que aufbewahren (conserver), et nous disons en ce sens, que quelque chose est bien wohl aufgehoben (bien conservé). Cette ambiguïté dans l’usage de la langue, suivant laquelle le même mot a une signification négative et une signification positive, on ne peut la regarder comme accidentelle et l’on ne peut absolument pas faire à la langue le reproche de prêter à confusion, mais on a à reconnaître ici l’esprit spéculatif de notre langue, qui va au-delà du simple "ou bien-ou bien" propre à l’entendement."
( Hegel, Encyclopédie des sciences philosophiques)

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Et au final, sous cet angle cybernétique toujours, un autre concept central du système hégélien se concentre sur le substantif "sittlichkeit".

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AVR : Oui, et surtout le fait que dans ce travail du concept, c’est d’ailleurs . . l’expression est significative, il y a le travail et il y a le concept, mais il y a cette forme. Vous parliez d’immanence tout à l’heure, cette forme d’immanence, donc une absence de transcendance, une absence même d’extériorité, qui fait que ça pose des problèmes aussi purement pratiques, que ce soit en terme non seulement de sujet - je posais la question de la place du sujet, de l’expérience, de la finitude pour l’homme - mais que ce soit même en terme, disons politique, vous l’avez évoqué. Est-ce que l’individu est complètement happé par l’état ? Mais aussi en terme moral. Quelle place reste-t-il à la morale dans un système qui est complètement immanent, où il n’y aucune forme de valeur autre que l’opposition entre la négation et l’affirmation. Comment est-ce que Hegel se positionne vis-à-vis de cela ? Ou est-ce que le droit remplace la morale ?

JFK : Je ne le crois pas. On a souvent considéré, c’est vrai, que l’attitude de Hegel à l’égard de la morale, ou de ce qu’il appelle la moralité, était une attitude exclusivement négative et critique. Puisque, dans les principes de la philosophie et du droit, la moralité se retrouve en quelque sorte coincée entre le droit abstrait, c’est-à-dire le droit au sens courant du terme, et puis l’éthicité qui est en quelque sorte une morale inscrite dans les mœurs, dans les institutions, dans les pratiques collectives de l’humanité.

Mais en réalité, lorsqu’on lit avec attention la partie concernant la moralité, on s’aperçoit que Hegel lui confère une valeur extrême. La moralité est le système normatif grâce auquel les individus, les sujets - je dirais, c’est là qu’il est question de la subjectivité au sens usuel du terme chez Hegel - le sujet dans son rapport aux normes morales. Et c’est absolument essentiel, car c’est seulement ainsi que les sujets peuvent guider leur action, dans le rapport qu’ils entretiennent avec une normativité, avec ce que l’on appelle le bien, qui leur permet à la fois de juger leurs propres actions, les actions des autres, et également de s’orienter dans le monde.

Simplement, la position de Hegel est que la moralité prise en elle-même risque d’aboutir à un échec dans la mesure où le sujet se trouvera toujours dans une attitude d’insatisfaction. Le bien étant ce qui appelle toujours à être réalisé mais qui n’est jamais réalisé, l’action étant toujours en quelque sorte en déficit par rapport à la norme qui est sensée la gouverner. Ce qui fait que Hegel dit, la moralité véritable, la moralité concrète et accomplie, c’est celle qui s’inscrit dans le tissu des rapports sociaux, politiques, familiaux, la moralité . . c’est ce qu’il appelle l’éthicité ou la vie éthique, la "sittlichkeit", qui est en quelque sorte une moralité réalisée dans un monde juridico-politico-social, familial aussi, bref dans le monde de la vie réelle des hommes.

AVR : En cela d’ailleurs, il s’oppose complètement à Kant - qui est de plus son prédécesseur - à la pensée morale de Kant, qui au contraire n’est pas dans une immanence des rapports sociaux. Et je vais vous poser une question qui vous paraîtra peut-être naïve Jean-François Kervégan, en terme purement d’histoire de la philosophie : comment est-ce que Hegel a pu venir après Kant en tournant autant le dos à Kant et aux acquis de la critique kantienne qui sans cesse s’interroge sur les conditions de possibilité de la connaissance, et qui montre que l’absolu ne peut jamais être l’objet d’une connaissance puisque il n’y a aucun rapport à la perception, à la sensibilité, qui viendrait valider cette connaissance, y compris là vous venez d’aborder la question morale ? Hegel semble faire . . s’inscrire dans l’histoire de la philosophie dans l’héritage de Platon, ou Héraclite même, dans la philosophie de devenir, en tournant complètement le dis à l’héritage kantien. Comment a-t-il fait ça tout simplement ? Ou est-ce que j’ai tort ? Ou est-ce qu’en fait il y a un héritage kantien et qu’il lui répond directement ?

JFK : Alors oui, . . je . . enfin je fais, bon . . c’est un débat qui court, qui a cours depuis longtemps parmi les gens qui s’intéressent à Hegel et à Kant, de savoir si de l’un à l’autre il y a continuité, rupture, etc. Je fais partie du camp de ceux qui sont plus sensibles à la continuité qu’à la rupture. Mais, c’est vrai que, il y a continuité au sens où . . - regardez ! La première phrase de la Science de la Logique c’est . . dit : la révolution complète qui s’est opérée dans la manière de pensée il y a environ trente ans - . . on regarde, et c’est la date, l’année de la Critique de la Raison Pure. Donc, il est clair que pour Hegel, Kant, la philosophie de Kant, marque une révolution, une véritable révolution dans la pensée, qu’il n’est plus possible de penser après Kant comme avant.

Et en ce sens, il assume, il revendique l’héritage de Kant, et ce n’est pas un hasard si, chez Hegel, le thème de la dialectique a l’importance qu’il a. Car la dialectique bien sûr, elle a été revivifiée en quelque sorte par la Critique de la Raison Pure. Mais, là où Hegel s’oppose à Kant, c’est que, en quelque sorte, il cherche à nourrir Kant avec Aristote. Un nom que vous n’avez pas prononcé, mais je crois . . la grande référence philosophique de Hegel reste malgré tout Aristote au sens où . . d’ailleurs . . quand on l’appelait l’Aristote des temps modernes, il ne disait pas non. Il acceptait cette qualification que certains lui avaient donné en raison du caractère précisément encyclopédique de ses intérêts.

Mais, ce qu’il retient d’Aristote, de la métaphysique d’Aristote, mais aussi de son éthique et de sa politique, c’est que la pensée - en ce sens c’est un antiplatonisme - que la pensée doit être inscrite dans le réel, dans l’immanence des choses et de la vie réelle des hommes, et non pas dans le ciel des idées. Et en ce sens, il y a la volonté de réinscrire les acquis de la critique kantienne dans, en quelque sorte, une effectivité des choses, qu’il reconnaît à Aristote le mérite, dans des conditions qui ne sont évidemment absolument plus celle de la modernité.

AVR : Oui, quand même, parce que chez Aristote il y a une distinction entre le monde sublunaire et le monde supralunaire, où Aristote exclut d’emblée un domaine de la connaissance humaine, ce que ne fait pas Hegel.

JFK : Bien sûr. Bien entendu. Dans des conditions complètement différentes. Mais cette idée que la philosophie doit affronter le réel tel qu’il est dans . . et notamment dans . . dans sa constitution éthico-politique fine, ça c’est une idée que je crois Hegel revendique en se réclamant d’Aristote et qui, en quelque sorte, nourrit la critique, mais une critique qui n’est jamais une critique purement négative, la critique positive qu’il fait de Kant et de la dialectique kantienne.

AVR : Alors qu’est-ce qu’il reproche à la dialectique kantienne ?

JFK : Il lui reproche tout simplement, il lui reproche de s’être arrêté en chemin. C’est-à-dire ce que Kant, au moins dans la Critique de la Raison Pure, n’a pas su ou pas voulu penser, c’est que la dialectique a un résultat positif, et qu’elle n’est pas simplement . . Mais d’une certaine manière, la Critique de la Raison Pratique donne raison. Enfin, Hegel, d’une certaine manière, valide la démarche de la Critique de la Raison Pratique à l’encontre de celle de la Raison Pure. C’est-à-dire la dialectique n’est pas simplement, comment dire . . la mise en évidence des contradictions insolubles de la raison lorsqu’elle s’aventure en dehors du champ de l’expérience, etc. Bon ça c’est le fil conducteur de la dialectique transcendantale dans la Critique de la Raison Pure mais, la dialectique est aussi un moyen pour la raison, cette fois entendue comme raison pratique et non plus comme raison seulement théorique, un moyen pour la raison de s’assurer de la validité de ses objectifs normatifs, en quelque sorte.

AVR : Et dans la Critique de la Raison Pratique, la raison est synonyme presque d’absolu. Sauf que cet absolu qu’est la liberté nous savons ce qu’il "est" mais nous ne savons pas "ce qu’il est", et c’est là peut-être la grande différence c’est que Kant limite la connaissance humaine. Kant, à coté de Hegel, est un penseur de la finitude humaine. Quand Hegel, lui au contraire, pour reprendre la distinction entre le fini et l’infini que vous proposiez précédemment dans l’émission, Hegel, lui, dépasse cette pensée de la finitude, pour être dans une pensée de l’infini qui intègre le fini en son sein.

JFK : Oui, heu . . une pensée de l’infini, ou un pensée du fini qui intègre l’infini en son sein. Je préférerais dire cela comme ça, parce que justement, il y a toujours un attachement au fini. Le réel est fini, et par conséquent Hegel, d’une certaine manière, considère que l’on ne peut jamais - je crois que c’était une phrase de Gérard Lebrun - on ne sort jamais de la finitude. C’est vrai, et également pour Hegel, seulement on ne sort pas de la finitude mais on peut retrouver dans le fini, dans la finitude, inscrites, les traces d’un mouvement qui l’excède ou le déborde de l’intérieur, en quelque sorte, le mouvement de l’infini. Et ça c’est vrai, c’est le point sur lequel sûrement Hegel se démarque de kant. Mais encore une fois, se démarque de lui tout en s’appuyant sur ce qu’il y a d’incontournable dans la philosophie de Kant comme philosophie ouvrant véritablement la modernité philosophique.