Blog-note de jef safi

i d i o s y n c r a s i r

avec . . jef safi
é d i t o

mardi 15 octobre 2013




Un beau jour, . . tout s’est mis en place

Beau, parce que je m’efforçais vers lui depuis mon . . petit toujours, avec tout ce que je glanais au fur et à mesure de mon . . petit partout. Rien ne semble en réchapper depuis, ni n’en réchappera jamais plus, à part mon . . petit corpus biologique, naturellement, lorsque son conatus s’épuisera, fatalement. D’ici là que ce blog-note fasse lieu, pour sa part, de mon . . petit habitus.

Comment est-ce . . advenu ?

Ils l’ont dit mieux que moi. "Quand on s’intéresse à un sujet, on le croise partout, inévitablement." dit Sophie Calle. "On ne voit que ce qu’on regarde." dit Maurice Merleau-Ponty. "Et là tout m’a parlé, parce que j’étais disposé à tout entendre." dit Frédéric Lordon. "Si votre seul outil est un marteau, alors il est tentant de considérer toute chose comme un clou." dit Abraham Maslow. Soit, alors . . j’enfonce.

Quel est ce . . "tout" ?

Ce tout est . . ma philosophie, c’est-à-dire à la fois une métaphysique, une cosmogonie, une physique, une ontologie, une monadologie, une phénoménologie, une écologie, une écosophie, etc., mais dans un agencement d’énonciation singulier . . ni plus, ni moins . . nécessairement.

Je sais, on les a sur le bout de la langue et pourtant on ne trouve ni le substantif ni l’adjectif qu’on souhaiterait pour désigner une telle extravagance, une telle bouffée, une telle enflure, un tel . . raptus. Ce pourrait être quelque chose comme "délire fantasque", "hypostase stérile", "hallucination irréfragable", "catabolite superfétatoire", "idiosyncrasie hystérique", "illumination ridicule", etc. Pour le moment, pour la syntagmer et pour au moins la blog-noter ici, je la nomme ma "théorie ’pataphysique de la Créativité Générale", alias la "t’CG".

"Créativité Générale" pour en agencer les concepts face au Cosmos, "’pataphysique" pour garder les pieds enfoncés dans le compost, et le tout dans une même "théorie" pour faire reliAnce de ces deux tropismes apparemment opposés. Ni plus . . ni moins

J’ai pensé aussi à Métaphysique du vide-médian, beaucoup plus fin et juste, mais trop abscons et prétentieux. Et d’un pas de coté encore à ’Pataphysique du vide-médian, mais la figure de style n’est plus alors qu’une contorsion möbiusienne, même dotée de son préfixe apostrophique.

Cette éruption a-t-elle une cause, une . . "raison suffisante" ?

Une raison Ô combien nécessaire et suffisante, elle s’appelle l’Entropie, l’inéluctable, l’inexhaustible, celle qui porte, comporte, supporte, emporte tout. Et avec elle toutes ces "choses" qui s’actualisent, se manifestent et se définissent, en ceci qu’elles semblent s’opposer à l’Entropie, lui résistent un tant-soit-peu (un temps-soit-peu ?), au sein même de ses fulgurations, de ses jaillissements, de ses débordements, de ses errances. Toutes ces "choses" qui s’efforcent de se faire mémoire d’elles-mêmes, c’est-à-dire qui s’efforcent de durer, d’endurer et perdurer pour persévérer dans leurs devenir. En somme toutes ces "choses" qui résistent à la grande dispersion entropique en faisant mine de la ralentir par cet effort même mais qui, néanmoins tout autant, y participe à part entière entropiquement . . nécessairement. Effort illusoire dans le vide médian où les choses ne se donnent qu’à elles-mêmes dans leur réalité fatalement virtuelle, leur actuelle vacuité. Effort illusoire, donc, et en cela transcendant, mais en cela seulement.

Pour la t’CG, le vide médian n’est en rien une image poétique ou un symbole taoïste récupéré pour donner une couleur métaphysique ou ésotérique à une philosophie qui souffrirait d’en manquer. La t’CG se veut a priori matérialiste, immanentiste, perspectiviste, et s’appuie autant que faire se peut, non pas sur des vérités révélées, c’est-à-dire des croyances auto-référentielles auto-justificatrices, mais sur les systèmes explicatifs construits méthodiquement, axiologiquement, scientifiquement, systématiquement, c’est-à-dire les connaissances qui ont vocation au statut de vérité avérée en ne faisant qu’y tendre indéfiniment parce qu’asymptotiquement.

C’est ainsi que pour la t’CG, le souffle du vide médian est l’autre nom qu’elle donne à l’Entropie. Pour la t’CG, le vide médian a une réalité concrète : il est la réalité-même, telle qu’elle se donne à elle-même. Le vide médian est le nom que la t’CG donne au réel, c’est-à-dire le nom qu’elle donne à ce que nous disons être notre réalité et que nous pouvons constater et vérifier de facto, quand bien même nos systèmes de connaissances, nos modèles scientifiques, ont du mal à en accomplir une description rationnelle, objective et critique, partageable et indiscutable.

Pourquoi rebaptiser le réel, par ce substantif vide et pourquoi le qualifier de médian ? Pour faire court ici, je laisse répondre Henri Bergson, dans Matière et Mémoire : "Nous ne percevons, pratiquement, que le passé, le présent pur étant l’insaisissable progrès du passé rongeant l’avenir." C’est pourtant clair non ?

La mémoire ? La mémoire est la puissance des "choses" à persévérer dans leur devenir-elle-même, elle est ce que leur puissance veut (leur volonté-de-puissance au sens proprement nietzschéen si souvent mal compris ; elle est leur conatus au sens de Spinoza qu’on traduit souvent par l’effort de l’être à persévérer dans son être, mais que je préfère traduire comme Deleuze par effectuation de la puissance). Cette puissance des "choses" à persévérer dans leur mémoire, dans leur devenir-elles-mêmes, est ni plus ni moins leur essence, leur puissance à co-créer l’univers, avec cet univers et dans cet univers, malgré les errements de l’entropie, mais aussi, c’est très important et n’est pas contradictoire, grâce aux errements de l’entropie.

Dans cet univers, nécessairement multiple, des "choses" persévèrent dans leur "être", se font mémoire d’elles-mêmes à travers leur devenir-elles-mêmes. C’est ainsi qu’on peut dire que dans cet univers l’Un n’est pas . . mais qu’il y a de l’un . . et donc de l’autre, du "quelque-chose", de l’"autre-chose" ; de l’"un " que la t’CG appelle Monade. Cet "un " qui émerge du multiple par consistance quand ce multiple se fait idiomogène dans son hétéromogénéité (sa diversalité dirait Patrick Chamoiseau). Cet "un " qui, persévérant dans son "être" en tant qu’il est lui-même multiplicité constituée, cet "un " persévère dans ses idiomes constitutifs. Cet "un " qui, ainsi, spontanaît et dure, naturellement, et s’épuise vaincu par l’Entropie, fatalement.

L’Entropie, je la connaissais depuis longtemps, elle se manifestait sous de multiples visages. Elle devenait familière, je la croisais partout. Ce beau jour-là, où tout se mit en place, c’était autour d’elle, à travers elle, par elle. C’est elle, l’entropie, de facto, qui provoquait l’auto-organisation de plus en plus claire de mes intuitions, et par suite de mes perceptions, de mes affects, et de mes concepts. Auto-organisation par le bruit dirait Henri Atlan.

Mais attention, mon entropie à moi n’est pas tout à fait celle de Clausius, cachée derrière les nébuleuses équations différentielles de la thermodynamique. Le 2nd principe m’a frappé par son bon sens, celui dit de "l’irréversibilité de la flèche du temps", mais ne me convainc pas par son approche utilitariste et contre-productiviste d’énergie dégradée. Je ne conçois pas de réduire cette source première à une denrée partageable et périssable, s’épuisant entre l’utile et le dégradable. Pour autant, mon entropie à moi n’est pas tout à fait non plus celle de Boltzmann, statistique certes, et même stochastique, mais qu’il convient absolument de généraliser à toutes les multiplicités, même et peut-être surtout les non gazeuses.

C’est ainsi que mon Entropie à moi unifie les deux, l’entropie énergétique de Clausius et l’entropie stochastique de Boltzmann. Je fais même de cette synthèse mon axiomatique ; et je désigne par Entropie (avec un grand E) la puissance absolue universelle, immanente, énergétique et stochastique à la fois. J’en fais l’essence première de tous les univers, absolument omniprésente, omnipotente, en un mot : l’immanence même "qui n’a aucun principe ou fin de son exister ou de son agir" et dont "la puissance infinie est son essence même (*)".

Il aurait été plus prudent, c’est vrai, de choisir un autre nom que celui-là pour désigner cette essence première, tant le mot "entropie" est à la fois abscons et surchargé depuis un bon demi siècle de multiples connotations amalgamées et amalgamantes, fondées et erronées (ordre, désordre, information, dissipation, néguentropie, auto-organisation, etc.). Mais il aurait fallu créer de toute pièce un nouveau vocable car, après mûre réflexion, aucun analogisme, aucun néologisme ne me convenait aussi bien que cet emprunt. Tout au plus, j’aurais pu me raccrocher à des syntagmes plus philosophiques que scientifiques, et reprendre ou redéfinir de vieux concepts métaphysiques (immanence, nature naturante, dieu, etc.), mais alors la confusion n’en aurait été que plus absconse et le but n’eut pas été atteint. J’en suis donc resté à Entropie par respect conjoint pour l’intuition de Clausius et la clairvoyance de Boltzmann.

Glanée au fur et à mesure de quel . . toujours ?

Enfant, obéissant, je m’efforce de croire aux ritournelles des vérités révélées, celles qu’on nous raconte qu’elles soient apostoliques ou académiques, et qu’on nous drape dans leur tranquillisante immuabilité. Mais j’ai du mal à admettre que les apparences soient nécessairement trompeuses alors que tout montre, au contraire, et d’évidence, qu’il n’y a d’immuable que l’évolution de tout et que c’est bien parti pour durer . . plutôt éternellement.

Adolescent, désobéissant, il me devient insupportable de croire pour croire par foi, de savoir pour savoir par cœur, je veux comprendre pour com-prendre . . par ce que. Alors je m’évade de la vacuité de l’enclos familial pour plonger dans la plénitude du labyrinthe scolaire. Là, tout y est appétissant autant qu’indigeste. Appétissant, tellement mon conatus cognitif est insatiable. Indigeste, chaque fois que le conatus de la classe perd sa colinéarité avec le mien et que je ne parviens plus à ramener le cosinus de leur déflexion réciproque plus près de "1", en particulier quand mon petit QI est plombé par mon trop gros QE (** - selon l’éthique spinozo-trigonométrique de Frédéric Lordon).

Etudiant, étudiant, voilà qu’il faut admettre que la thermodynamique accuse l’entropie du crime d’évasion calorifique. Qu’il faut agréer qu’Einstein convoque l’espace-temps comme un tout consubstantiel. Temps qu’il faut néanmoins orienter, mais pas comme l’espace, de sorte qu’ils ont ensemble une origine ponctuelle sortie d’un néant, voire d’un divin. Et voilà qu’il faut admettre tout autant, que ce dieu joue au dé dans le microscopique, alors qu’Einstein lui-même le réfute, et qu’avant de tomber le divin dé est dans tous ses états à la fois, non moins intriqué à son anti-dé, quelque part n’importe où, mais avec lequel personne n’anti-joue. Dans une telle confusion métaphysique, les reliquats de ma docilité scolaire me maintiennent en bonnes notes, mais quelques démons me battent les tempes. Celui de Laplace, apollinien, continue de me séduire en premier lieu pendant que celui de Maxwell, dyonisiaque, m’excite au dernier degré, de sorte que je ne peux plus me départir de l’intuition que ces deux-là sont autant de tropismes d’un seul et même . . feu.

Ingénieur, ingéniant, je me réfugie enfin dans les délices booléens déterministes de l’informatique prométhéenne, plus rassurante. Les algorithmes, nécessairement bien pensés et donc bien écrits, semblent ne jamais dégrader aucune information. Mais voilà que la loi de Moore emprunte la même pente irréversible que celle du second principe de la thermodynamique. Quand ce ne sont pas les processeurs qui se complexifient plus vite que les compilateurs, c’est le contraire. Quand ce ne sont pas les systèmes d’exploitation qui s’alambiquent plus tortueusement que les machines, c’est le contraire. Quand ce ne sont pas les logiciels qui s’obscurcissent plus profondément que les règles de programmation, c’est le contraire. Bref, promise prométhéenne l’informatique se révèle épiméthéenne, les solutions se compilent et s’exécutent avant que les problèmes soient complètement analysés et posés. Voler son feu à Héphaïstos et son art à Athéna n’y peut rien changer, pas plus qu’ânonner les vœux pieux d’Hermès. En vérité, en vérité, je me le dis : "l’informaticien n’est qu’un homme nu comme les autres, et l’entropie de ce qu’il produit croît aussi peccablement . . qu’irrémédiablement."

C’est ainsi que partout et toujours, l’entropie consume, dissipe, disloque et épuise tout ce qui lui offre des opportunités d’exercer sa puissance alors même (je sais, je me répète) qu’ "elle n’a aucun principe ou fin de son exister ou de son agir" et que "sa puissance, qui est son essence même, est infinie". Mais tout autant, ou presque, des monades concentrent, agencent, s’homéostasient, se transindividuent, en un mot "consistent", c’est-à-dire persévèrent dans leur devenir-monade, leur devenir-chose, leur devenir-être, y compris par et dans leurs hypomnemata.

Retraité, re-traitant, . . comment ne pas blog-noter tout ça pour le partager . . que partager d’autre ?

À quoi ça . . sert ?

Au moment où l’on est tenté de nommer "anthropocène" cette période de notre monde où nos pulsions dévastatrices semblent l’emporter sur notre raison civilisatrice, il me semble que s’efforcer de comprendre les déterminants profonds de cette métamorphose fatale, et de mesurer l’aporie effective de notre prétentieuse raison, sont des questions suffisamment enthousiasmantes en soi pour les poser sans qu’elles aient à "servir" à quoi que ce soit. D’autant qu’il ne s’agit-là que d’interpréter, de pondérer, de filtrer, le foisonnement des explications multiformes et contradictoires, ou comme le dit Edgar Morin d’ "analyser sans isoler, de synthétiser sans confondre, pour tenter un tant soit peu d’éclairer nos errances."

La bonne question est plutôt "est-ce possible ?". Comment choisir entre des explications contradictoires, sans préjuger, sans tirer au hasard, sans céder à telle ou telle séduction, sans croire savoir plutôt que savoir croire ? Comment prendre suffisamment de hauteur pour appréhender toutes les expertises et à la fois approfondir chacune d’elles pour ne négliger aucun déterminant ? Interpréter, pondérer, filtrer, ne sont-ils pas en-soi des objectifs bien trop relativistes et tempérés pour prétendre aboutir à une véritable compréhension de l’infiniment complexe ?

C’est possible d’un point de vue philosophique, à condition de définir ce que signifie . . philosopher. Philosopher n’est pas tout savoir sur tout, ni tout ignorer au bénéfice d’une idéologie totalisante arbitraire choisie ou subie. Philosopher, du point de vue de la t’CG en tout cas, c’est élaborer une conception "consistante" du monde, c’est-à-dire à la fois aussi "complète et cohérente" que possible, et aussi "nécessaire et suffisante" que souhaitable. Pourquoi ? Pour vivre . . c’est-à-dire non pas pour jouer en toute connaissance-de-cause, car le libre-arbitre est un fantasme aussi mortifère que l’illusion d’omniscience, mais pour jouer-au-mieux en connaissance-d’une-partie-infime-des-causes, d’une partie aussi adéquate que possible, fût-elle infime, des déterminations qui gouvernent effectivement le jeu, . . et dont l’issue est toujours incertaine jusqu’à être in fine . . fatale.

Pourquoi ce qui se pose ainsi comme un compromis est-il en réalité particulièrement ambitieux ? Parce que les deux démarches extrêmes entre lesquelles ce compromis s’insinue sont vouées à l’échec. Chacun de nous est ouvert et sensible, apte à percevoir, sentir, acquérir, découvrir, comprendre. Mais chacun de nous, aussi riche soit-il des connaissances transmises par tous les autres, prédécesseurs et contemporains, est un être limité, d’entendement limité, de puissance cognitive limitée, etc. Dans ces conditions, seule la recherche d’une "consistance" est véritablement ambitieuse. Ainsi, "vivre c’est consister", "consister substantiellement" comme un minéral, un végétal ou une bouche-anus digérante, ou encore "consister affectivement" comme une machine désirante, ou encore "consister cognitivement" comme un libre-joueur perdurant, ou comme un mode-fini philosophant.

J’ai quelque fois recours à la simple métaphore de la camera obscura (par opposition à celle de la caverne de Platon) pour . . éclairer ce propos "perspectiviste" (au sens exigeant de Leibniz, Spinoza, Nietzsche, Deleuze, Rosset, etc.) :

Soit une caméra, de dimension limitée, chargée d’une pellicule de sensibilité donnée et dotée d’un objectif de focale et d’ouverture maximales données. Si le photographe veut tout capturer de la scène, tout percevoir sans rien perdre, il doit choisir l’ouverture maximum du diaphragme, et le temps de pause le plus long possible. Il capture alors tous les photons émis sur sa pellicule et forme l’image qui témoigne de la plus haute sensibilité possible de sa caméra. Si au contraire le photographe veut distinguer chaque détail, en discriminer chaque particularité, il doit choisir l’ouverture la plus étroite pour avoir la meilleure profondeur de champ possible, et le temps de pause le plus instantané possible pour n’avoir aucun flou de bougé. Il ne capture alors que les quelques photons nécessaires et suffisants pour former sur sa pellicule une image qui témoigne de la plus haute acuité possible de sa caméra.

Tous les photographes vous le diront. Le premier crame sa prise de vue et obtient l’image la plus uniformément blanche possible. Le second bouche sa prise de vue et obtient l’image la plus uniformément noire possible.

Pour n’être ni éblouis, ni aveuglé, et espérer voir une image se former, ils doivent accepter de choisir une ouverture intermédiaire, acceptant une profondeur de champs limitée, un piqué limité, un bougé limité, une discrimination des valeurs et des couleurs limitée, etc. Ils ne peuvent espérer voir une image se former que s’ils adoptent une ouverture mesurée, pondérée, apte à former une image, incomplète certes, mais qui témoigne alors vraiment d’une empreinte du réel dont ils veulent rendre compte.

C’est ça philosopher, c’est explorer ce vide médian humblement, et c’est en cela que la démarche est ambitieuse. Tous les photographes vous le diront, comme tous les autres artistes, les poètes, les adeptes des arts martiaux, des arts plastiques, les écrivains, les musiciens, les danseurs, les chorégraphes, et tous les artisans . . même les informaticiens, enfin . . certains.

Pourquoi . . philosopher ?

C’est inévitable. La t’CG est essentiellement une synthèse de concepts déjà visités, dont nombre de concepts philosophiques et tout autant de concepts scientifiques.

L’originalité de la t’CG, sui generis en quelque sorte, réside en ce qu’elle énonce son propre agencement des concepts qu’elle retient, en ce qu’elle les met dans sa perspective singulière propre, de son point-de-vue, dans son propre style et sur sa propre ligne de fuite. Quelques éléments nouveaux peuvent y apparaître. Ce sont alors affirmations ou insistances quant à la singularité de ce point de vue, ou tout au plus quelques reformulations à travers son ontologie propre. Dialectique n’est-ce pas ?

Héritant et revisitant des concepts antérieurs, la t’CG ne peut pas ne pas les citer, ne serait-ce que pour les commenter, les nuancer, les discuter, autant ceux qu’elle retient que ceux qu’elle réfute. Quels penseurs la t’CG retient-elle en premier lieu ?

Héraclite, un des premiers pré-socratiques à énoncer le mobilisme, l’axiomatique même de la t’CG et qu’elle énonce par : Rien n’est plus permanent que l’évolution de tout, éternellement..

Aristote et son hylémorphisme parce qu’il oppose l’immanence du réel à la transcendance du ciel des idées de Platon. La t’CG est hylémorphiste, mais pas seulement. Aristote donc, mais aussi Platon en particulier lorsqu’il met en scène et commente les inexhaustibles déminages de Socrate.

Spinoza et son nécessitarisme (plutôt que son déterminisme, trop souvent interprété à l’excès jusqu’à nier les conditions de possibilité de la . . créativité). Pour la t’CG, bien au-delà encore de la formulation de Boltzmann, l’entropie enveloppe quelque chose de l’ordre de la Nature naturante et naturée de Spinoza. Spinoza l’appelle Dieu, on connaît ses raisons ; la t’CG préfère l’appeler entropie. La t’CG est immanentiste.

Nietzsche à condition de ne pas se laisser abuser par le détournement criminel dont sont responsables sa sœur et l’histoire du nazisme. Il faut pour cela ne pas commettre les quatre contresens signalés par Deleuze (***). Avec Nietzsche, la t’CG est dyonisiaque, par sa ’pictosophie en premier lieu.

Bergson parce qu’il a tout compris. Pour lui, le mouvement est la réalité même. Quand il veut boire un verre d’eau sucrée, il attend que le sucre fonde. Entropique, n’est-ce pas ? Il a le génie de repenser la philosophie en intégrant les avancées scientifiques de son époque, et il le fait avec grâce. En phase avec Boltzmann, il ne confond pas l’entropie avec le désordre, déjà en avance sur Einstein, il réfute la spatialisation du temps, il voit la mémoire dans la matière, il voit dans la durée le kairos que n’est pas le khrónos, aussi courbé soit-il.

Deleuze parce que sa synthèse Spinoza-Nietzsche-Bergson, et son travail avec Guattari, lui font toucher du doigt la ligne de fuite poétique qui relie le plan d’immanence aux mille plans de composition. Il y invente le diagramme, le rhizome et mille autres concepts féconds. Comme lui, la t’CG immanentiste, ne voit la différence que dans la répétition. La t’CG est du XXIe siècle, donc deleuzienne (sic Foucault).

Héritant de concepts antérieurs, la t’CG ne peut pas ne pas en citer bien d’autres encore, au fur et à mesure, des questions et des réponses qu’elle interroge. Quant à ceux qu’elle rejette ou réfute . . nul doute que mes visiteurs qui voudraient en faire l’inventaire sont aussi loquito que moi . . “No son todos los que estan, ni estan todos los que son.

Et pourquoi . . ’pictosopher ?

Ce que veut exprimer la t’CG est intensif, intempestif et inactuel, exotérique, rhizomatique, pop-philosophique et politique. Alors je prends au mot Spinoza, et je ’pictosophe pour que mes intuitions, mes idées, fassent l’expérience de leur puissance par l’effectuation de leur pouvoir d’affecter, et pour cela il me faut les intriquer à des affects, et donc à des percepts. Ce n’est pas péjoratif, provocant plutôt.

Comme le dit Roland Barthes, pour dire le fond des choses il faut tricher la langue, et pour cela il faut s’emparer de toutes les autres formes d’expression, en particulier de tous les arts. Comme le dit Deleuze, on ne peut pas penser sans "quelque chose qui force à penser", mais comment des images peuvent-elles avoir cette force si ce n’est, comme il le dit également, "en rendant visibles des forces qui ne le sont pas".

C’est provocant en ceci que l’iconoclasme est toujours de rigueur dès lors que l’on veut atteindre les vérités profondes, la réalité profonde. Les affects, soit-disant subjectifs, n’auront-ils jamais le poids épistémologique des concepts, soit-disant objectifs ? Les images ne sont-elles pas condamnées à n’agencer que de la cohésion avant de pouvoir approcher . . la cohérence ? Cette cohérence-même leur est-elle atteignable ? Ne sont-elles pas par nature trop réductrices, superficielles, pour pouvoir rendre compte de la profonde complexité du réel que seul le verbe, ou mieux encore la mathématique, peut appréhender ? Sur ce point la ’tCG, sa monadologie en particulier, affirme que "rien ne peut être soit subjectif, soit objectif, exclusivement", et que "nul ne peut former de concepts sans que ceux-ci émergent d’agencements d’affects et donc d’agencements de percepts".

Alors la t’CG de poésir, d’hérésir, d’idiosyncrasir et avec la photographie numérique de picturer ; j’appelle ça ma ’pictosophie.

C’est ainsi que former, composer, construire, créer des images est une expérience pop-philosophique menée dans le pli du sensible et de l’intelligible, ces deux vieux adversaires de la métaphysique que la t’CG, en particulier par sa monadologie, affirme être les deux faces d’un même ruban de Möbius.

In fine, pourquoi . . blog-noter ?

Internet démultiplie notre puissance d’agir, notre puissance de chercher, de re-chercher, d’apprendre, de com-prendre, de créer, de produire, de contribuer, de publier, etc. Mais internet peut aussi démultiplier notre puissance d’entropir, c’est-à-dire notre puissance de nous distraire, de nous disperser, de nous détourner en débandade autant que de nous narcissiser en rebandade, etc. L’entropie, omniprésente, omnipotente, prospère naturellement sur le réseau des réseaux comme partout ailleurs, profitant amplement de la puissance informatique réticulaire et ô combien spéculaire du dispositif. Internet fonctionne à la fois, indissociablement, comme une large et profonde ouverture sur le monde et comme un miroir aux alouettes. Internet éclaire et éblouit.

En cela, internet est un pharmakon , un remède autant qu’un poison, mais un pharmakon extrêmement puissant, c’est-à-dire à la fois un "remède véritablement salutaire" et un "poison réellement néfaste". Un tel outil impose une pharmacologie à quiconque y a recours s’il veut prendre soin de son projet (Merci Bernard de n’avoir de cesse de le répéter).

Ce blog-note se veut être l’instrument d’une telle pharmacologie, pour son auteur autant que pour ses visiteurs. Pour cela, il doit à la fois, indissociablement, exploiter les ressources qui éclairent et protéger des éblouissements qui aveuglent.

C’est ainsi que la mission que je lui assigne est prothétique. Un blog-note est une prothèse, une prothèse de la mémoire au sens le plus large que donne la t’CG lui donne, c’est-à-dire à ce que crée la puissance. À ce que crée la volonté de puissance ajouterait même Nietzsche. Ou, comme il le dit au tout début de Par delà le bien et le mal : "j’ai fini par découvrir que tout ouvrage de philosophie était en réalité une sorte de mémoire intime de son auteur" . . à condition évidemment d’entendre par intime que cet ouvrage prend cette forme particulière qui semble ne rien dire de l’auteur, mais le révèle plus profondément encore.

La mission que j’assigne à ce blog-note est de former un tout consistant, de facto une monade. Pour ce faire, j’ai choisi le CMS SPIP qui met en oeuvre un système de publication structuré en rubriques autour d’un lexique de mots-clés. Le site permet ainsi de ne collectionner que des articles classés et associés à des thèmes. Le lexique constitue le cœur même du dispositif et en maintient la consistance. Il définit les thèmes traités, rédigés individuellement avec autant de liens que nécessaire entre eux. Les articles s’y associent pour afficher leurs thèmes propres. Le lexique a ainsi vocation à converger vers l’ensemble nécessaire et suffisant des thèmes, c’est-à-dire à converger vers l’ontologie du propos du site. La navigation s’effectue alors dans un espace ouvert extensible d’articles, mais à travers un nombre fini et consistant de thèmes, c’est-à-dire un espace hypomnésique à la fois nécessaire et suffisant, et aussi complet et cohérent que possible.

Par suite, j’assigne à ce blog-note d’évoluer en involuant, comme toute monade. Tourné vers l’extérieur, il collectionne des articles qui s’ouvrent sur le réseau des réseaux. S’y importent ainsi des contenus textuels, vidéos, audio, multimédia, de tout ce que je glane sur internet qui me semble entrer en résonance avec le propos de la t’CG. Ce site étant considéré comme une monade, ces articles s’ouvrant sur l’habitus de celle-ci, nourrissent de facto sont corpus. Tourné vers l’intérieur, le site collectionne des articles qui constituent ce corpus, celui de la t’CG, et en son centre, les définitions des mots-clés qui en constituent l’ontologie.

Au boulot !
Puisse-je ne pas m’épuiser trop vite.
. . et quand bien même . . ce serait beau.





* - "Ethique I, de Dieu" ( Baruch Spinoza ) : "Par [Dieu], j’entends un étant absolument infini, c’est-à-dire une substance consistant en une infinité d’attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie. [...] [Dieu] n’a aucun principe ou fin, de son exister ou de son agir. [...] La puissance de [Dieu], est son essence même."

** - "Capitalisme, désir et servitude - Marx et Spinoza" ( Frédéric Lordon, La Fabrique éditions )

*** - "Nietzsche par Gilles Deleuze" ( Gilles Deleuze, Philosophes PUF )
Pour comprendre Nietzsche il faut . . 1 - Comprendre que la "volonté de puissance" n’est pas la "volonté de dominer" mais seulement "ce que veut ce qu’on peut". 2 - Comprendre que les plus puissants dans un régime social ne sont pas par là même les plus forts, au contraire, pour Nietzsche, ce sont ceux qui abusent de leur puissance qui sont faibles. 3 - Comprendre que l’Eternel Retour n’est pas un cycle, celui du retour du Même, mais que c’est le "devenir" seulement qui est le Même de ce qui devient. 4 - Savoir que ces dernières œuvres ne sont en rien disqualifiées par sa folie.