Blog-note de jef safi

’p i c t o s o p h e r

avec . . jef safi
hypomnεsıs (fr)

Y Sin Embargo Magazine #26

mercredi 22 décembre 2010

L’individu suffoque sous la saturation du monde parce qu’il a le sentiment que ses subordinations outrepassent son autonomie, sa puissance d’être-en-soi au sein de la multitude, son conatus dirait Spinoza, l’élan de son individuation psychique dirait Simondon, sa liberté diraient ces libéraux qui la catéchisent en la confisquant à ceux qu’ils asservissent pour persévérer dans la leur.

Qu’en est-il de la puissance d’être-en-soi de la multitude, de ce conatus composé de multiples conatus ? Elle est la puissance de l’individuation collective qui réunit les conditions de possibilité des individuations individuelles, autant que les conditions de possibilité de leurs apprivoisements, domestications, assujetissements et asphyxies.

C’est ainsi que la multitude s’étouffe dans ses propres supports de mémoire collective, ses rétentions tertiaires désirées ou fortuites, ses hypomnemata. Grâce à eux, pendant tout le 20e siècle, les individus s’émancipèrent par plus de temps libre, de mobilité, de culture, par plus d’autonomie qu’ils n’eurent à le payer de soumission aux normes morales, marchandes, ou écologiques.

Mais ces indispensables hypomnemata, externalités anaboliques et cataboliques comprises, sont à la fois opportuns et importuns, sains et délétères, indissociablement. Ce sont des pharmaka, c’est à dire des remèdes autant que des poisons, des délivrances autant que des addictions, et des boucs émissaires dès que les équilibres homéostasiques se rompent.

Comment s’emparer de ces pharmaka pour prendre soin de nous autant que de la multitude ? Comment mener ce projet comme une thérapeutique ? A ce jeu, à somme non-nulle, seront créatifs ceux qui libèreront les capacités d’excédences individuelles au sein de projets collaboratifs, c’est à dire ceux qui relâcheront les servitudes sans déraciner les rhizomes sociaux.

Du fond de la globale saturation capitaliste, cette créativité ne doit plus être une sublimation bourgeoise mimétique, mais une émancipation co-errante cathartique. Cette créativité doit investir les résonances consensuelles de la multitude pour en infléchir les modes de production, que de nouveaux hypomnemata, objets, formes et figures, adviennent hors les dépotoires des surproductions mercantiles.

A cette fin, il s’agit moins de “faire de nos vies une oeuvre d’art” que “de faire de nos vies un flot d’événements”. Faire événement c’est dé(ré)inventer, dé(re)choisir, dé(re)construire, dé(re)territorialiser, dé(re)créoliser les singularités et les excentricités distribuables et résonnantes, pour que la multitude en algorYthme les récursions et en laisse émerger de nouvelles lignes de fuite.

Individué par jef safi, récursant les hypomnemata du multiple : Héraclite, Démocrite, Zhuangzi, Platon, Aristote, Spinoza, Bergson, Simondon, Debord, Deleuze, Guattari, Foucault, Castoriadis, Conway, Negri, Stiegler, Žižek, Badiou, Maffesoli, Belhaj Kacem et tant d’autres.

Les mannequins font partie de la création "I manichini di Nani" de Alessandro Marcucci Pinoli exposée à l’ Hotel Alexander, alias Museum Palace ; 61121 Pesaro (PU) Italia.