Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Georges Zimra
Les marchés de la folie

La déviance réduite au silence - Entretien pour Mediapart.fr - 2o juillet 2o13

dimanche 21 juillet 2013

On ne soigne plus – trop long –, on neutralise toute détresse psychique, dès la première alerte. Histoire de soumettre chacun aux normes et aux performances qu’exige la société capitaliste. Telle est la démonstration d’un médecin, Georges Zimra, dans Les Marchés de la folie (Ed. Berg International).
Rencontre :


Georges Zimra : l’écoute se tarit par Mediapart

Le psychiatre et psychanalyste Georges Zimra, qui partage son activité entre une unité d’accueil parents-enfants et son cabinet privé, publie une démolition argumentée de nos sociétés libérales offertes aux lois du capitalisme : Les Marchés de la folie (Éd. Berg International). L’humain, en vue de se montrer performant, doit être rentabilisé, donc se soumettre aux injonctions et aux normes, pour « faire de son désir un besoin et de sa liberté une habitude »...


Georges Zimra : s’adapter et se taire par Mediapart

Il y avait eu l’essai fondateur d’Alain Ehrenberg sur la domination de la pensée libérale et ses ravages : La Fatigue d’être soi. Dépression et société (Odile Jacob, 1998). Voilà dix ans, le journaliste allemand Jörg Blech, dans Les Inventeurs de maladies (Actes-Sud, 2003), avait montré comment une agence de relations publiques au service d’un fabricant de psychotropes propagea le “syndrome de Sissi” (trouble consistant à masquer un effondrement sous une jovialité de façade...). De son côté, Philippe Pignarre, observateur des fabricants de médicaments, a dénoncé les régulateurs d’émotions, les adaptateurs de comportements, les optimisateurs d’humeur : Le Grand Secret de l’industrie pharmaceutique (La Découverte, 2003).

Georges Zimra enfonce le clou avec conviction. Il souligne la responsabilité des laboratoires qui impriment désormais la cadence psychique dans le monde développé. Il rappelle en particulier comment, vis-à-vis des enfants, le commerce de la santé promeut des troubles ensuite alignés sur des produits (notamment la Ritaline). Et l’auteur d’asséner : « La psychiatrie est probablement, de manière caricaturale, la seule discipline médicale où les molécules thérapeutiques sont d’abord trouvées avant de trouver les maladies auxquelles elles sont destinées. »


Georges Zimra : les marchands de syndromes par Mediapart

Georges Zimra écrit dans Les Marchés de la folie : « La haine dont la psychanalyse a été l’objet ces dernières années est liée à ce qui résiste à l’homogénéisation des consciences et des pensées, au calcul, à l’évaluation, à la massification des hommes, dont l’illusion et le trompe-l’œil ont fabriqué un hyperindividualisme qui n’est rien d’autre que la ruse du marché pour penser la masse sous le manteau de l’ego. Haine de l’irréductible singularité du sujet, dont on voudrait que ses signifiants fussent statistiquement répertoriés comme des objets inertes, scannérisés après chaque geste, chaque parole, chaque acte, pour en faire des objets de calcul. »

Concluons sur la disparition du sujet, étouffé sous l’individu ayant intériorisé sa valeur, décrétée par et pour la société marchande, ainsi que le résume ce mot d’ordre d’un fabricant de... cosmétiques : « Parce que je le vaux bien ! » Comment, par-dessus le marché, différencier souffrance et injustice, thérapies et inégalités sociales, approche compassionnelle et combat politique ?...


Georges Zimra : désirs, droits et démocratie par Mediapart


Plus un individu est pris en charge par le groupe, la formation collective, la communauté, plus il est uni à son chef, moins sa névrose aura de champ pour s’épanouir, moins il aura de symptômes, car ceux-ci sont le reflet du conflit intime. La névrose collective se substitue à la névrose personnelle.
( dans Résister à la servitude )

Cet homme chez qui on a broyé toute singularité, toute individualité, n’a d’existence que dans la masse, c’est-à-dire dans l’espace où aucun corps n’est séparé d’un autre, dans une fusion totale, intime, avec les autres, qui soude en un seul corps le corps social, l’homogénéise. C’est cela qui constitue l’anéantissement de soi.
( dans Résister à la servitude )