Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Jean-Paul Sartre
L’Être et le Néant

Les nouveaux chemins de la connaissance
Jean-Paul Sartre ? (1/4) Le garçon de café : l’Être et le Néant - émission du 15 o7 2o13

lundi 15 juillet 2013

Avec Jean-Marc Mouillie, maître de conférences en philosophie à l’ université d’Angers.

[...] 2"39 Adèle Van Reeth : C’est en 1943 que sort "l’Être et le Néant" avec pour sous-titre "essai d’ontologie phénoménologique". L’intuition fondamentale du texte, pour essayer de le dire simplement d’emblée, est celle de la liberté en tant qu’elle constitue l’être de l’homme. C’est un constat, une affirmation étrange, lorsqu’on garde en tête le contexte, 1943, on est en pleine seconde guerre mondiale.

Jean-Marc Mouillie : Absolument. D’ailleurs on pourra peut-être dire quelque chose de ce contexte qui effectivement plonge la lecture du texte dans une lumière qu’on a peut-être tendance à oublier aujourd’hui mais qu’il serait bon de rappeler et de situer par rapport au propos du texte. Alors oui, intuition originaire de la liberté, et tout le travail philosophique de cette oeuvre a consisté à déterminer de que l’on entend par liberté, qui n’est peut-être pas l’appréhension commune de ce terme.

ADR : C’est-à-dire ?

JMM : Et bien Sartre va dire, notamment dans la quatrième partie, c’est le moment où il va déterminer l’idée de liberté, qu’il faut distinguer le concept philosophique de liberté de ce que l’on se représente sous ce terme. En gros, ce que l’on se représente sous ce terme c’est un pouvoir nu, en fait une situation qui nous contraindrait plus ou moins. Et Sartre va dire qu’il faut absolument abandonner cette représentation du libre-arbitre devant une situation qui lui serait extérieure. Il n’y a de liberté que située, et il n’y a de situation que par la liberté, va dire Sartre. Et donc, il va en faut déterminer la liberté par l’idée de conscience. Donc en fait, et ça nous ramène au début du texte, au point de départ, c’est une méditation sur l’idée d’intentionnalité.

ADR : Le terme d’intentionnalité nous renvoie à l’un des auteurs qu’a lu Sartre et dont il s’inspire mais dont il espère le dépasser, d’une certaine façon, c’est Husserl. Il y a une inspiration de la phénoménologie de Husserl au sein de ce texte, puisqu’en s’interrogeant sur l’intentionnalité, Sartre essaye de montrer que cette intentionnalité n’est pas suffisante telle que Husserl lui-même l’a mise en oeuvre puisqu’elle doit aboutir chez lui à un constat d’une liberté absolue.

JMM : Absolument. Sartre dit que Husserl ouvre le chemin. Donc lorsqu’il découvre Husserl, il dit qu’il voit tout par les yeux de Husserl, par la phénoménologie notamment des Idées I, et cela consiste à dire qu’il ne peut pas y avoir dévoilement des choses sans une instance dévoilante, que Husserl appelle la conscience - "toute conscience est conscience de quelque chose" - Mais Sartre va prétendre que Husserl a méconnu la signification essentielle de l’intentionnalité. Qu’est-ce qu’il manque à Husserl selon Sartre ? La prise en vue de ce qu’il appelle, dans les carnets en première instance, "l’absolu inconditionné des choses" et qu’il déterminera plus avant et de façon plus rigoureuse comme "l’être du phénomène". Il y a quelque chose, à même l’intentionnalité, dont la conscience ne peut pas rendre compte. Et ce serait cette signification ontologique de l’intentionnalité que Husserl aurait méconnue et que Sartre essaie de restituer en . . essayant de concevoir ce qu’il appelle une philosophie de la transcendance. Et donc là, on voit se manifester ce qu’on pourrait appeler entre guillemets "un réalisme", amis qu’il faut distinguer évidemment du réalisme pré-phénoménologique qui consisterait à dire qu’il y a déjà des choses constituées et que le sujet serait en face des choses, évidemment c’est un point de vue que Sartre entend tout de suite dépasser par le retour à la conscience originaire qui est dévoilante. Et donc dévoilante sans pouvoir rendre compte de tous les caractères de ce qu’elle dévoile, à savoir l’être du phénomène que Sartre appellera plus tard l’en-soi. La conscience ne peut pas rendre compte de cet en-soi. Donc voilà ce que sans doute Sartre conçoit de façon assez originale dans la phénoménologie. C’est une phénoménologie dépaysé, c’est une phénoménologie qu’on pourrait dire recommencée, puisqu’il essaie de penser la signification ontologique de la phénoménalité.

Comment se fait-il qu’il y ait des choses ? Et bien cela ne peut pas être la seule oeuvre constitutive du "il y a", voilà. Au sein du "il y a", il y a quelque chose dont la conscience ne peut pas rendre compte.

ADR : Et c’est cette impossibilité pour la conscience de rendre raison de l’être du phénomène, mais donc aussi de rendre raison d’elle-même, qui va la pousser à chercher un fondement comme un principe premier, pour pouvoir s’arrêter sur quelque chose. Et là il nous faut convoquer non plus Husserl mais un autre texte qu’a lu Sartre .. dont le titre "l’Être et le Néant" s’inspire, le "Être et Temps" d’Heidegger ; Heidegger et sa pensée notamment de l’angoisse qui viendrait révéler l’homme à lui-même dans cette expérience vertigineuse qui est justement l’impossibilité de se ressaisir comme un fondement. Et là on aborde la dimension de la liberté chez Sartre non plus d’un point de vue proprement phénoménologique, mais d’un point de vue également existentiel.

JMM : Voilà. 7"29