Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Patrick Viveret
Construire une résiliAnce . . de la sidération au désir

13e session de l’Université Intégrale du Club de Budapest :
« Nouvelles valeurs, nouvelles richesses, nouvelles mesures, nouvelles monnaies »

lundi 19 septembre 2011

À titre introductif, ... j’indique que je laisse vierge ici le terrain tout à fait passionnant de ... la résilience des grands systèmes énergétiques qui prend la résilience du point de vue des systèmes physiques. Là, je me propose de prendre la résilience plutôt à partir d’une approche psychologique, et même de psychologie collective, en réutilisant l’approche bien connue de Boris Cyrulnik qui, lui-même, avait transféré ce concept de l’ordre physique dans l’ordre psychologique, mettant en évidence la capacité qu’a un individu de réagir à des traumatismes importants. Je vais franchir à nouveau la barrière épistémique, sans aucune autorité, c’est-à-dire d’oser dire que c’est un concept indicatif (comme aurait dit Althusser) qui peut être éclairant pour penser la capacité d’une société, confrontée à des chocs ou des traumatismes importants, de retrouver de la force vitale.

Si je prends l’exemple du Japon, la capacité de ce pays après une triple catastrophe, le tremblement de terre, le tsunami et Fukushima, de réagir non pas par du chaos et de la panique - ce qui aurait été le cas si le modèle de l’individualisme compétitif s’était appliqué - mais pour l’essentiel par une capacité de civilité, voire de solidarité et de sérénité, est à mon avis un assez bon exemple de résilience.

Lorsque le "collectif richesse" a décidé de lancer un processus autour du thème "construire la résilience" par rapport aux prochaines crises, financières et autres, c’est pour sortir ... du déni, attaquer le tabou et même ce qu’on pourrait appeler le "processus de sidération", et créer des conditions du contraire de la sidération qu’est une stratégie du désir. ... Le mot "désir" est construit sur l’envers du mot "sidérer". A l’époque où on considérait que les étoiles (sidus en latin) et la voûte céleste étaient fixes, il y avait là haut le monde de la sidération, le monde de l’immobilité éternelle, et puis il y avait ici bas le monde du contraire de la sidération, la dé-sidération, le désir, qui était le monde du mouvement temporel, de la vie et de la mort.

L’une des hypothèses qui peut être appliquée aussi sur le plan sociétal et pas seulement sur le plan personnel, c’est que lorsque l’on est dans une situation de sidération, on en sort que par l’énergie du désir. La sidération a ceci de caractéristique que même les victimes pensent qu’il n’est pas possible de faire autrement. La sidération c’est sur le plan économique ce qu’on pourrait appeler la pensée TINA (There Is No Alternative) de Margaret Thatcher, un état où on dit juste "oui c’est catastrophique" mais "non on ne peut pas faire autrement".

Quand il y a sidération, il y a d’abord blocage de l’imaginaire. Et le premier mouvement qui introduit de l’énergie c’est le déblocage de l’imaginaire et c’est ce mouvement même qui est le mouvement du désir. La capacité de construire une résilience en réintroduisant un désir qui naît du déblocage de l’imaginaire, notamment sur ces questions financières, me paraît une entrée intéressante.

Du même coup, l’un des points cruciaux (Bernard Lietaer l’a parfaitement développé dans son ouvrage) est de prendre le problème par le bout de ce qu’on pourrait appeler "la question de la crise religieuse", en donnant tout son sens au terme religere, c’est-à-dire "ce qui fait lien et ce qui fait sens". L’une des causes de la sidération, c’est la question des tabous. Quand on est dans une situation où il y a un non-dit autour d’une question centrale, on est dans un processus de sidération.

Comment peut-on sortir de la sidération par du désir, sur des questions apparemment techniques telles que les questions monétaires ?

D’abord, en arrêtant de croire que ce sont des questions économiques.

J’ai été très frappé, au moment de la mission sur la richesse, après avoir traité les questions de comptabilité, d’indicateurs, etc., arrivant à la question monétaire, je faisais le même constat que Bernard Lietaer à savoir que quand je cherchais des théories monétaires chez les économistes, soit je n’en trouvais pas, soit je trouvais non pas une théorie mais une simple description des fameuses trois fonctions. C’est curieux cette histoire, d’autant que si on y regarde de près, elles sont constradictoires.

Si vous voulez par exemple que la fonction d’unité de compte fonctionne, il faut qu’elle soit la plus neutre, la plus stable et la plus universelle possible. Prenez l’exemple du kilo, du mètre, etc. Il ne faut surtout pas donner de la valeur à cette unité de compte. Imaginez le chaos invraisemblable s’il y avait une bourse mondiale des kilos et des mètres amenés à changer régulièrement. L’absence de définition de la monnaie m’avait beaucoup frappé.

Il a fallu attendre Bernard Lietaer pour rencontrer quelqu’un qui ose donner, non plus une description des fonctions contradictoires, mais une véritable définition articulée autour de la question du standard d’échange, de la communauté et de la confiance. Ce qui est intéressant dans son approche c’est qu’on comprend bien, que le plus difficile à trouver dans le triangle de la communauté, de la confiance et du standard d’échange, ce n’est pas de trouver un standard d’échange. Le plus difficile c’est quelle est la communauté de référence et comment y construire la confiance.

Premier élément, tant qu’on considère que la question monétaire est une question de nature économique, on ne comprend pas grand chose au film. Avant que je ne rencontre Bernard, les rares économistes qui apportaient des éléments substantiels pour comprendre nos crises monétaires, étaient ceux qui étaient dans une approche pluridisciplinaire. Par exemple, pour les français, Michel Aglietta et André Orléan, ont apporté des choses tout à fait intéressantes sur la monnaie, en allant chercher dans l’approche anthropologique de René Girard, dans "la violence et le sacré", dans "le désir mimétique", des éléments de compréhension de la monnaie.

Ceux qui étaient simplement dans un cadre purement économique passaient à coté de l’essentiel de ce qui se joue dans la monnaie. Effectivement, au fur et à mesure de cette espèce d’enquête que j’étais amené à faire, à un niveau infiniment plus modeste que le formidable travail de Bernard, j’avais été amené à poser comme hypothèse qu’en réalité la monnaie est d’abord d’origine religieuse, puis politico-religieuse, et uniquement dans la dernière période et d’une façon extrêmement limitée, et probablement pour une parenthèse, de nature économique. Et pour montrer à quel point c’est limité, il suffit de retourner un dollar pour lire "In God We Trust" au dos, et voir à quel point le politico-religieux reste déterminant.

14’20" .../...

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