Blog-note de jef safi

s’ e n t r e - t e n i r

avec . . Jacques Derrida
La déconstruction c’est l’amérique

Seul l’impossible arrive ! La déconstruction est-elle . . l’évènement ?

dimanche 9 janvier 2011

Si pour faire vite, et pour jouer un peu, j’essaie de me rappeler les définitions que, sous la pression d’une question, je me suis laissé aller à donner de la déconstruction, brièvement, il y en a au moins quatre :

  • J’ai dis une fois, la déconstruction c’est l’Amérique, dans un texte sur Paul de Man.
  • Une autre fois, dans le même livre, ayant abandonné cette première hypothèse, j’ai dis la déconstruction c’est plus d’une langue.
  • Puis une autre fois, la déconstruction c’est l’impossible.
  • Et enfin une quatrième fois, la déconstruction c’est ce qui arrive.

Je crois que ces quatre définitions, qui sont à la fois algébriques, brèves, ironiques mais sérieuses aussi, ne sont pas disparates ou incompatibles. Elles forment une sorte de cohérence.

D’abord, ce qui arrive comme l’impossible. Il est évident que si "ce qui arrive" - l’évènement -, ou bien "celui qui arrive" - l’arrivant -, étaient possibles (autrement dit, si je les voyais venir, si c’était en mon pouvoir de les recevoir, de les prévoir), s’ils étaient "possibles" et bien ils n’arriveraient pas. Ce serait simplement l’accomplissement d’un programme, d’une attente, et donc l’évènement serait neutralisé par sa simple possibilité. Autrement dit, pour que quelque chose arrive, ou que quelqu’un arrive, au sens fort du terme, il faut que cette personne, ce quelqu’Un, ou cet évènement, "arrive comme impossible" ; comme ce qui n’était pas encore possible.

La déconstruction n’est pas une doctrine, ou un savoir, ou quelque chose qui est à ma disposition comme un instrument, ou une méthode, ou quelque chose de calculable, que j’ai à ma disposition comme une technique que j’enseigne. La déconstruction a lieu chaque fois que quelque chose arrive, ou que quelqu’Un arrive. L’expérience d’hospitalité inconditionnelle par exemple, de don, de pardon. Quand ce qui arrive désorganise le champs du possible, le champs de la réception, désorganise la réception. Comme un hôte inattendu et qui arrive, est un principe de désordre dans l’espace qui le reçoit. C’est à cette condition qu’il y a de l’hospitalité pure. Si celui qui arrive est invité, ne dérange personne, ce n’est pas de l’hospitalité.

Donc, seul l’impossible arrive, d’une certaine manière. Et, cela suppose plus d’une langue, c’est à dire qu’il faut là aussi que l’élément d’appropriation qui est constitué par la maîtrise d’un langage, d’une syntaxe, d’une grammaire, d’un sens même, d’une sémantique stabilisée, il faut que ça s’ouvre, que ça se laisse déranger par une autre langue, par la langue de l’autre. Donc il faut qu’il y ait plus d’une langue et une expérience de traduction impossible, d’une certaine manière, pour que quelque chose comme cette déconstruction advienne.