Blog-note de jef safi

p h i l o s o p h e r

avec . . Jean-Jacques KUPIEC
Les parties et le tout.

dimanche 20 mars 2011



Dans l’origine des individus (p.171) j’ai trouvé quelque chose de stupéfiant : "nous avons du mal à accepter que nous sommes au service de nos cellules et non l’inverse."

Cette idée effectivement elle est fondamentale ; malheureusement (sourire) elle n’est pas de moi (rires). Il faut rendre à Bernard ce qui appartient à Bernard, c’est Claude Bernard qui est l’auteur de cette conception. C’est une idée qu’il a développé corrélativement au concept de milieu intérieur.

Qu’est-ce que c’est que le milieu intérieur ? Et pourquoi Claude Bernard a-t-il développé ce concept ? Il voulait avoir une explication matérialiste du vivant qui lui permette d’échapper à toute forme de vitalisme ou d’animisme. Une des propriétés manifeste du vivant c’est le mouvement. Comment expliquer le mouvement du vivant sans affubler la matière vivante d’un principe de mouvement ; qui serait une forme de vitalisme ou d’animisme.

Comment ça se passe en physique ? Dans la cadre de la physique, pour la matière inanimée, la matière non vivante n’est pas porteuse d’un principe de mouvement, elle est inerte depuis qu’on a fondé le principe d’inertie, et ce qui la met en mouvement c’est son environnement ; les forces qui s’exercent sur elle. C’est le principe d’inertie qui est à la fois à la base de la physique moderne et de la révolution scientifique qui a consisté à abandonner l’aristotélisme et l’essentialisme qui, au contraire, affublaient la matière d’un principe de mouvement jusqu’à affubler la matière d’un principe de finalité.

Il faut arriver à concevoir le vivant dans ce cadre théorique. C’est là que Claude Bernard invente pour cette raison, il le dit explicitement, le concept de milieu intérieur. C’est-à-dire que les parties du vivant, les organes, les cellules, sont elles-mêmes prises dans un environnement, et que c’est cet environnement interne qui les met en mouvement. Il fait la comparaison entre l’organisme et une ville, ou une entreprise, je le cite in extenso. Le milieu intérieur en quelque sorte est une communauté de partage. La logique qui préside à la construction des organismes est une logique de mutualisation et de coopération entre les parties, qui apporte aux parties ce dont elles ont besoin pour survivre.

L’intuition immédiate qu’on a c’est que notre processus de développement a pour but d’arriver à la construction du moi, en tant que sujet pensant, que tout n’a pour but que de construire l’individu qu’on est ; et chacun croît ça pour lui-même. Alors que ce sont des populations de cellules qui se développement, qui s’organisent parce qu’elles sont contraintes de s’organiser, parce que sinon elles dégénéreraient, et ça arrive d’ailleurs. Au cours du développement il y a beaucoup de déchet.

. . je te cite toujours : si une cellule de s’adapte pas à son environnement par un processus aléatoire, elle cesse de se multiplier, meurt, ou devient pathogène.

Oui. Il y a une très grande mortalité cellulaire au cours du développement. A chaque fois qu’un organe se développe, il y a des épisodes associés de morts cellulaires massives. Ça ne veut pas dire que ne peut pas apparaître au cours de l’ontophylogénèse, quelque chose en plus. L’évolution ne procède pas par élimination mais par strates qui se recouvrent. L’individu apparaît dans la coopération des parties. La coopération des parties dans le milieu intérieur implique une unité d’échange, c’est sur cette base qu’apparaît cet autre chose qu’on dit être un individu. Mais, ça n’élimine pas le fondement.