Blog-note de jef safi

p h i l o s o p h e r

avec . . Platon
Du Protagoras

dimanche 13 mars 2011

En ces temps où il n’y avait que des dieux, Zeus - le père de tous les dieux - décida que le moment allait venir d’apporter les créatures non-immortelles à la lumière des jours.

Il ordonna aux titans Prométhée et Epiméthée de développer ces créatures, en distribuant à chacune de leurs espèces leurs dynamis, c’est-à-dire leurs qualités, capacités, forces ; leurs puissances respectives.

Zeus imposa l’échéance et les ressources nécessaires et suffisantes. Il n’ajouta que deux contraintes : utiliser tous les dynamis, et prendre soin d’établir les meilleures conditions possibles de longévité de toutes les espèces créées dès l’échéance venue.

Il faut savoir que nos deux titans, bien que jumeaux, sont néanmoins singulièrement différents. Prométhée (du grec Promêtheús) est celui qui prévoit et planifie, mais ne fait presque rien lui-même ; alors qu’Epiméthée (du grec Epimêtheús) est celui qui, toujours prêt à tout, agit d’abord quitte à réparer après.

Epiméthée demanda à Prométhée : "Frère, le temps nous est désormais compté, laisse-moi réaliser cette exaltante distribution, s’il te plaît . . ?!" Ce qui lui fut accordé.

A certaines espèces Epiméthée donna la force sans la rapidité ; à d’autres l’inverse. Il dota certaines d’attributs martiaux, laissant les autres sans armes. Certaines espèces furent conçues fragiles, mais assez grandes pour être en sécurité, et d’autres plus petites, mais assez solides pour pouvoir creuser sous la terre ou assez légères pour pouvoir voler dans les airs ; etc. C’est ainsi qu’Epiméthée préserva ses créations d’une extinction trop brutale, en les protégeant suffisamment les unes des autres, offrant à toutes une harmonieuse et durable non-immortalité. MAIS . .

MAIS c’est ainsi . . qu’il ne resta plus de dynamis pour accomplir l’Homme. Epiméthée, emporté par son enthousiasme . . l’avait simplement oublié. L’Homme restait là nu, sans dynamis, c’est à dire sans talent, sans abris, sans nourriture, sans défense, livré à lui-même, incapable de se saisir de possibles proies ou de se protéger de prédateurs potentiels.

Pourtant, par la volonté de Zeus, le moment était venu où l’Homme devait être apporté à la lumière des jours. Alors Prométhée contourna l’erreur. Il alla voler le feu d’Hephaistos - le dieu des forges et des volcans - , alla également voler l’art d’Athéna - la déesse de la guerre, des artisans et des artistes - et les donna à l’Homme.

« Homme, va ! Débrouille-toi avec ça ! Deviens le non-immortel que tu voudras, . . le non-immortel que tu pourras. »

Ainsi vinrent à la lumière des jours . . ces créatures sans qualités (dynamis), mais non sans limites, disposant des feux et des arts, c’est à dire des moyens techniques d’inventer leur propre destin.

Ainsi vinrent à la lumière des jours . . à la fois agissent d’abord et réparent après, et qui ne finissent donc jamais ce qu’ils commencent tel qu’ils l’ont prévu.

Ainsi vinrent à la lumière des jours . . ces animaux sociaux qui se désignent des héros pour incarner les réussites qu’ils se proclament, qui se désignent tout autant de boucs-émissaires pour exorciser les échecs qu’ils se dénoncent, et qui ne perdent donc jamais aucune occasion de se faire la guerre entre-eux dès lors que d’aucuns honnissent ce que d’autres adorent, ou que d’aucuns convoitent ce que d’autres épargnent, etc.

Voyant notre espèce menacée par elle-même, Zeus s’inquiéta et envoya Hermès - dieu du commerce, des voyageurs, des routes et des carrefours - nous porter l’aidôs, le sens du respect et de la honte, c’est-à-dire le sens de la prudence, de la mesure, de la justice, en somme l’èthos, c’est à dire l’éthique, afin que régnèrent entre nous harmonie et amitié.

Mais où diable Hermès est-il passé ?